Le diable n'est pas mort à Dachau

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2017



Gouiran encore : l'auteur en est aujourd'hui à plus de trente polars au compteur !

C'est sûr que pour Henri Majencoules, un mathématicien bossant en Californie en 67 dont le quotidien est constitué du festival de Monterrey, de Janis Joplin et de la contestation contre le Vietnam, le retour à Agnost, pas celui du bas mais celui du haut, ne se fera pas sans mal. Agnost-d'en-haut, c'est l'endroit, en France, où "le deuil tient lieu de routine, les filles le portent au sortir de l'enfance", le village où chaque homme ne possède qu'un seul habit, celui du mariage et qui servira jusque dans la tombe. Mais au village où habituellement rien ne se passe, le meurtre des Amerlos, les Stokton, suffit pour que "l'armoire aux cachotteries se lézarde".

Le roman fonctionne classiquement sur un double plan : Dachau dans le passé bien sûr, mais aussi le bien connu Agnost-d'en-haut où le meurtre de la famille va réveiller quelques souvenirs.

A Dachau, on laisse tremper les prisonniers dans une eau à 4°C, histoire de voir comment les aviateurs allemands descendus dans le nord de l'Europe pourront s'en sortir. Mais l'imagination de ces pseudo-scientifiques foisonne, puisqu'ils maintiennent également certains prisonniers dans des chambres à basse pression... L'horreur sous des prétextes scientifiques. Toujours bien documentés, les bouquins de Gouiran : les hippies qui bossent pour le Pentagone, ce dernier les fournissant en LSD pour décrire les capacités acquises, l'utilisation par l'US Air Force des résultats des "expériences médicales" réalisées à Dachau et l'intégration des scientifiques nazis aux équipes de recherche américaines après la guerre. Au total, près de 1 500 scientifiques nazis intégreront des équipes américaines à l'issue de la guerre, dont le plus connu est bien sûr von Braun. Facile de se disculper : si on ne le fait pas, les rouges le feront. Le livre pose en final la question : quelles différences entre les expériences nazies et celles qui ont fleuri dans les unités de recherche américaines, dans lesquelles on n'hésite nullement à exposer des GI à des radiations, à injecter de l'uranium à des humains ou encore l'hépatite sur des enfants handicapés mentaux dans l'état de New York... On trouvera ici un catalogue des expériences réalisées sur les humains : dégueulasse ! L'ensemble s'arrêtant en 1966 après que l'armée américaine a balancé une bactérie dans les métros de Chicago et NY... eh oui, on a du mal à y croire, mais c'est vrai !

Politiquement, Maurice Gouiran n'est pas franchement conservateur. Le coupable du meurtre des Stokton ne peut que se trouver parmi les Agliana, des Piémontais arrivés dans les années 20. L'auteur fait la peau au racisme lié à l'immigration, soulevant les mythes stupides liés aux étrangers : des vendeurs de torchons qui entretiennent des relations contre nature avec leurs brebis.

L'ensemble classique, fonctionne pourtant bien et comme pour tout Gouiran, on prend un vrai plaisir à évoluer entre l'histoire, même horrible et le polar au fin fond du village français. Au final, on apprendra que d'un point de vue strictement scientifique, ces recherches n'auront pas servi à grand-chose.

Marc Suquet

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