La Femme léopard

Olivier SCHWARTZ, YANN

Dupuis, 2014
Le Spirou de Schwartz et Yann, T. 7



Une énième aventure de Spirou et Fantasio, déclinée façon réinterprétation par le dessinateur des enquêtes de l'inspecteur Bayard et le scénariste de (entre autres) Spoon et White et Les Innommables. Ce tandem avait déjà commis le précédent tome, Le Groom vert-de-gris, dont nous avions fait la chronique ici. On retrouve Spirou en 1946, cet album étant à la suite du précédent.

Spirou a du mal à se remettre de la disparition de sa jolie amie Audrey. Il travaille toujours comme groom au Moustique hôtel mais noie plus souvent qu'à son tour son chagrin dans les fonds de bouteille qui traînent, ce qui désole son entourage. Il va se retrouver un soir mêlé à une surprenante altercation dans une des suites les plus luxueuses du venérable établissement, occupée par un vieil officier de l'armée coloniale belge et sa collection d'art premier africain. Ce musée privé est le théâtre d'un sauvage affrontement entre le propriétaire et une improbable femme-panthère. A la suite de son intervention, Spirou va suivre la belle en quête d'un fétiche sacré jusqu'à Saint-Germain-des-Prés et y mêlera Fantasio, sa dulcinée, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (!), des nazis et encore plusieurs autres personnes... Tout ça sur fond de mode zazou et de Cab Calloway.

Le dessin est toujours aussi soigné, le scénario respecte grandement le cahier des charges "aventuresque" du tandem, et les couleurs sont parfaites. On retrouve un magnifique travail de documentation de la part des deux compères, pictural et langagier. Cela dit je n'ai pas été tout à fait aussi conquise que par le tome précédent. J'ai - et cela n'engage que moi - trouvé qu'il y avait un peu trop à mon goût d'expressions typiques belges d'après-guerre. Beaucoup de "Kapikkelle", "Godverdoume", etc. A un moment je me suis dit "OK, c'est bon, on a compris, on est à Bruxelles". Certaines lourdeurs aussi m'ont pesé, notamment l'ambiance anti-boche (sic) et misogyne (re-sic). Il y a par contre quelques trouvailles malicieuses et/ou intriguantes : les robots cyclopes, la voiture de Fantasio et son gramophone à l'avant, sans oublier "la baleine"... je n'en dis pas plus. Pour ma part, je dirai en conclusion que j'attends de voir si l'essai est transformé avec le deuxième tome.

Marion Godefroid-Richert


Les reprises en bande dessinée, c'est tendance. Que ce soient les Schtroumpfs, Blake et Mortimer, Les Pieds nickelés ou encore Tintin, nombreux sont les héros qui ont subi ce ravalement de façade. Spirou ne fait pas exception, qui, entre Jijé, Fournier ou Franquin, est passé entre les mains de nombreux resurrectors.

Dans La Femme léopard, c'est le duo Schwartz et Yann qui est aux manettes. Le premier, autodidacte, a sévi sur les Tuniques bleues, ainsi que dans de nombreuses publications destinées à la jeunesse. Le second est responsable d'un nombre impressionnant de scénarios dont on trouvera la longue liste ici.

Dans ce nouvel album, les clichés habituels tombent : Spirou, version juvénile, picole et entrevoit Audrey, sa copine disparue dans les camps nazis. Quant à Fantasio, il flirte avec les zazous, déteste Sartre, écoute des chansons reprises plus récemment par Brigitte Fontaine et se balade dans des bagnoles dont l'aspect un tantinet croquignolesque ne fâcherait guère Achille Talon. 1946, c'est la canicule qui règne sur Bruxelles. De mystérieux gorilles munis d'un masque lumineux à la place des yeux se baladent sur les toits de la ville et une femme léopard, à la recherche d'un Kozo, un fétiche sacré piqué par d'infâmes colons, n'hésite pas à s'attaquer à un colonel, façon armée des Indes. Les US ne reculent pas devant une légère collaboration avec les anciens nazis... mais si c'est pour récupérer les cinq physiciens nucléaires du Reich...

Pas évident d'être emballé par un scénario dont on sent bien qu'il introduit des éléments du tome 2, Le Maître des hosties noires. Pas d'inquiétude pour les changements de l'image habituelle des héros : on est dans une reprise dont l'objectif n'est pas de copier l'original. Mais on reste un peu perdu dans les multiples facettes de l'album. Pourtant, facile d'y rentrer car son dessin est plutôt agréable. Reste à juger l'ensemble, après publication du deuxième tome...

Marc Suquet

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