20 ans ferme

NICOBY, Sylvain RICARD

Futuropolis, 2012
Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système



C'est clair, des conneries, Milan en a fait. Arrêté en flag lors d'un braquage, il est envoyé en prison pour vingt ans. Et c'est là que commence l'originalité de cet album : la vie des prisons vue de l'intérieur. Une vie faite de violences, d'isolement, d'humiliations, toutes ces choses qui rendent inhumaine la vie derrière les barreaux.

L'album est basé sur le témoignage d'un ex-taulard qui raconte : la béquille qu'on ne lui donne pas lorsqu'il s'est cassé la jambe, le mitard que les gardiens concluent avec un sympathique passage à tabac, les fouilles au corps avec gant pour aller encore un peu plus au corps, mais aussi les transferts continuels qui rendent une relation avec sa copine bien difficile ou encore des gardiens qui transforment le motif de la condamnation en viol sur mineur, histoire que le Milan soit bien vu de ses potes de chambrée ! Bref, c'est la violence, la hargne, la déshumanisation.

J'ai aimé l'aspect personnel et intime. Mais aussi le gars qui s'accroche et qui préfère quelques jours passés au mitard au fait de céder devant l'administration. Et puis, on trouve des gens plus humains dans la personne d'un directeur de prison, d'un prêtre qui n'a pas de réponse aux questions de Milan mais qui l'écoute ou encore d'un gardien.

L'album s'achève par un dossier réalisé par l'association Ban public, qui donne les règles de vie en prison ainsi que quelques commentaires.

Bien vu, l'ensemble !

Marc Suquet


"La prison, c'est la privation de la liberté d'aller et de venir, et rien d'autre !" (Valéry Giscard d'Estaing)

En pleine période électorale, bien vu, l'album ! Que proposez-vous, messieurs les bien pensants, candidats du peuple et autres vendeurs de vent ? Car au-delà de la déshumanisation des prisons très bien mise en avant par Marc, il s'agit aussi d'un vrai questionnement politique sur "à quoi sert l'enfermement" tel qu'il est appliqué en France (et souvent ailleurs aussi). Quand se posera-t-on les vraies questions autour de la récidive ? Quand et qui donnera une réelle chance au mot "réinsertion" ?

"Nous ne pouvons plus persister dans cette acceptation séculaire de prisons indignes, alors qu'il ne faut que du courage pour en finir avec cette honte nationale" (Robert Badinter).

A vous, l'Elysée...

Annecat

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