Le croque-mort préfère la bière

Tim COCKEY

Seuil, 2005



" Vous enterrez les gens ?
— Seulement les morts " (p. 282)

Cette nuit-là, alors que Baltimore est au beau milieu d'un blizzard de l'Avent inopiné, Hitchcock Sewell est au beau milieu d'une veillée mortuaire. Normal, c'est son métier ! Hitchcock, entrepreneur de pompes funèbres agréé et organisateur d'enterrements, dirige avec sa tante Billie l'entreprise familiale " Sewell et Fils ", établissement remarquablement banal dans un quartier remarquablement banal... Le défunt, Richard Kingman, est un cardiologue réputé. Il a incongrûment trépassé d'un infarctus alors qu'il réalisait un triple pontage. Le destin se montre parfois facétieux !

Alors que la veillée se déroule normalement, un cri strident et déchirant retentit. La secrétaire du défunt docteur découvre sur le perron de la chambre mortuaire le cadavre d'une jeune femme assassinée... Hitchcock Sewell qui, entre deux mises en bière et quand il en a fini avec ses travaux de thanatopraxie, ne déteste pas " fourrer son nez dans les affaires des autres ", va enquêter sur ce meurtre mystérieux.

D'abord parce que " tout le monde s'intéresse plus à un beau cadavre qu'à un moche ". Le cadavre est celui d'Helen Woggoner une serveuse de 25 ans qui travaillait au Sinbad's cave, un restaurant proche de l'aéroport.

Ensuite, parce que Bonnie, sa petite amie, " une bimbo blonde ", la brave petite Miss météo de la télé locale, se découvre soudainement une vocation de journaliste d'investigation et rêve de promotion. Elle se verrait assez bien révéler en direct, au journal télévisé, l'identité de l'assassin plutôt que de parler de la pluie et du beau temps...

De plus les corps s'entassent à Baltimore, " les cadavres tombent comme des mouches " et la police met le meurtre d'Helen Waggoner en veilleuse... Enfin, et surtout, Helen Waggoner a été tabassée à la porte d'Hitchcock Sewell. Une raison suffisante pour aller à la chasse à l'assassin. Ca l'occupe entre deux enterrements, comme il dit...

Apparemment son enquête ne va pas plaire à tout le monde... Loin de là !

" Les croque-morts font partie des trois plus vieux métiers du monde, avec les avocats et les prostituées. Et nous (les croque-morts) on n'a pas besoin de racoler "

" Le croque-mort a la vie dure " (p. 142)

Un nouvel auteur, et un bon, qui plus est — voire un très bon ! — nous arrive des States. Son nom ? Tim Cockey !

Etabli à NY depuis une dizaine d'années, il est né et a grandi à Baltimore, une ville à laquelle il est resté très attaché. Scénariste pour la télévision (ABC, Hallmark Entertainment), il est également l'auteur de la drolatique " série des croque-morts " dont le 4ème opus vient d'être publié en France (Le croque-mort a la vie dure, Le croque-mort préfère la bière, Le croque-mort à tombeau ouvert, Le croque-mort est bon vivant). La série devrait se poursuivre pour notre plus grand plaisir. Ces romans peuvent se lire dans n'importe quel ordre. Un conseil, cependant : commencez donc par le premier (Le croque-mort a la vie dure) car il explique bien le passé du héros de la série, Hitchcock Sewell, ce qui permet de mieux comprendre son présent.



" Pense-bête " pour les lecteurs qui ne commenceraient pas par le premier roman :


Tim Cockey renoue avec la grande tradition des détectives amateurs. Si l'intrigue n'est pas toujours le point fort des romans (elles en valent bien d'autres cependant), le reste est quasiment parfait !

Le reste ? C'est d'abord le style. Une belle écriture ! Une très belle écriture, même ! " Une écriture pleine d'allant " (Sandrine Mariette, Elle). Et une bonne traduction !

Et puis il y a surtout le ton, sinistrement et irrésistiblement drôle. Un humour funèbre, décalé, " loufoque et dévastateur " (Marie France Rémond, Le nouvel Obs). " Le croque-mort préfère la bière est un pur moment de jubilation " (Télérama)

Les aventures de ce gentil garçon vanneur qui n'a pas la tête de l'emploi, de ce croque-mort " ascendant limier " ne manqueront pas de chasser vos idées noires. Ce n'est pas de la petite bière et leur auteur n'est pas sans rappeler le grand Westlake. Il est des comparaisons moins flatteuses...

Pour conclure, laissons la parole à Harlan Coben : " Faites une virée dans le corbillard de Tim Cockey, vous ne le regretterez pas ! "

Roque Le Gall

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