Le Magot de Mado

Jean-Paul BIRRIEN

Palémon, 2010



"Toi, t'es une gentille fille, mais lui, il a un mauvais genre." (p. 62)

Paris, 1972. Mado, jeune coiffeuse dans un grand salon de la rue du Faubourg Saint-Honoré, sera bientôt la reine. C'est Max qui le dit. Max ? C'est un beau mec, toujours bien sapé, le plus beau qui se soit intéressé à elle. Mado, totalement subjuguée, un peu naïve - pour ne pas dire nunuche -, "aide" Max, qui dépense beaucoup, grâce à l'héritage providentiel d'une vieille tante de Bretagne, mais bientôt son livret de caisse d'épargne sera épuisé... L'escroc minable, proxénète à ses heures, se laisse embarquer dans le braquage d'une agence bancaire de Neuilly. Hold-up raté et sanglant... Cependant, Max récupère miraculeusement une valise bourrée de billets de banque destinée au financement occulte du parti au pouvoir. Il est arrêté, mais pour une autre affaire. Il persuade alors "la gentille fille" de prendre la valise, qui contient une véritable fortune, de partir le plus vite possible et le plus loin possible... A Bourvillec ! Un bled qu'il ne connaît même pas ! Mado non plus d'ailleurs ! Elle pourra y séjourner dans la maison de sa tante dont elle a hérité... Traquée par la police et les barbouzes du SAC, elle va vite regretter d'avoir tout abandonné, le salon de coiffure, ses amies, son appartement, Paris... et se dire que son voyage à Bourvillec risque de mal se terminer...

"Mado se disait que, finalement, elle s'était pas trop mal débrouillée." (p. 340)

Le Magot de Mado est le cinquième roman de Jean-Paul Birrien et le quatrième ouvrage des "Enigmes à Bourvillec" où "la vedette est donnée à une petite commune bretonne : Bourvillec", qui ressemble d'ailleurs à s'y méprendre à Châteauneuf-du-Faou, commune chère à l'auteur... Les énigmes se déroulent "tout ou partie" dans cette petite commune de 1 275 âmes en Basse-Bretagne. Autrefois paradis des pêcheurs, Bourvillec, qui a failli - seulement failli - devenir une station climatique, semble péricliter en ce début des années 70, contrairement à Plougalan, commune voisine et rivale... Ah, les pignoufs de Plougalan !...
Bourvillec, un marchand de journaux, une pharmacie, une boulangerie, le monument aux morts, le Café des Sports, l'Hôtel du Midi, à présent fermé faute de clientèle, l'église paroissiale dont la toiture aurait grand besoin d'être réparée... Bourvillec et ses habitants cocasses et hauts en couleurs, avec en tête le sympathique facteur Fanch Lannuzel et, dans ce dernier roman, Marius, grand amateur de tango argentin et patron ruiné de l'Hôtel du Midi, qui acceptera d'héberger Mado et de l'épauler lors de sa retraite forcée en Bretagne...

Mado, "la coiffeuse un peu niaise mais si attachante", qui est dans ce roman le personnage principal autour duquel Jean-Paul Birrien a bâti une intrigue plutôt bien construite. Mado, qui détient une valise que beaucoup convoitent : "Je suis parti de l'idée de quelqu'un qui a un trésor, et qui est poursuivi par des méchants." (Le Télégramme) L'auteur ajoute : "Je m'inspire de situations réelles." Les paris truqués et surtout le financement occulte des partis politiques et les agissements mafieux des barbouzes du SAC apportent réalisme et crédibilité à cette course au trésor sanglante mais divertissante.

J'ai bien aimé ce roman original, "décapant et rafraîchissant." Une fois de plus, j'ai été sensible à "la petite musique" de Jean-Paul Birrien, à son univers si particulier... Et, qu'on se le dise ! on pourrait bientôt retrouver Madeleine Tanguy, enfin, Mado ! "J'ai laissé une porte de sortie pour mon personnage principal... J'ai peut-être envie de le travailler un peu plus..." (Le Télégramme)

Kenavo Mado et à très bientôt !


Roque Le Gall

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