Notre mère la guerre, 2e complainte

KRIS, MAEL

Futuropolis, 2010



En janvier 1915, Roland Vialatte est chargé d'enquêter sur l'assassinat de trois femmes sur le front. Mais une quatrième victime est découverte : Mathilde Dorne, une jeune prostituée belge. Vialatte va mener son enquête jusqu'à la ligne de front, sous le feu des allemands.

L'enquête policière est ici placée au second plan. Il ne faudra pas s'attendre à du suspense et un rythme haletant. Mais bien plutôt à une lente plongée dans l'univers de la guerre 14-18, avec ses horreurs, sa peur et son quotidien désespérant, mai aussi la possibilité pour certains de révéler leur humanité. L'album est aussi la rencontre du lieutenant Roland Vialatte, l'humaniste chrétien aux références littéraires sophistiquées, avec le caporal Gaston Peyrac, un gars qu'a son franc parler mais profondément attachant. J'ai aimé les dialogues et la franchise de Gaston Peyrac : "Bon Dieu Roland, tu me fais penser à une dame pipi qui débarquerait dans les chiottes de l'enfer avec une petite brosse et des gants roses !" Pas tout à fait sur la même ligne, les deux gars, mais ils s'apprécient au plus profond d'eux-mêmes.

L'album nous emmène également à la rencontre de tous ces combattants : Jolicoeur, touché au ventre dans son poste isolé et dont les allemands se servent d'appât ; Surin et Raton, qui vont chanter par-dessus les tranchées pour leur pote en train d'agoniser. On découvre l'utilisation par l'armée, sur le front, de repris de justice mineurs, l'armée ayant même fait changer leur âge pour les envoyer sans problèmes à la boucherie.

Il y a quelque chose d'absurde à voir ce lieutenant chercher à retrouver le meurtrier de ces femmes, alors que les cadavres pleuvent tout autour de lui. C'est la guerre !

Le dessin de Maël est superbe. J'adore ces visages et leur expression de peur : regardez l'oeil de la page 43 ou celui de Gaston Peyrac, page 15, quand il entend un de ses hommes mourir devant sa tranchée.

Ce deuxième album est parfaitement dans la ligne de la belle réussite du premier. On attend le troisième, moins pour l'aspect policier que pour comprendre comment la mère va absorber ses enfants.

Marc Suquet

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