L'Ultime défi de Sherlock Holmes

Olivier COTTE, Jules STROMBONI

Casterman, 2010
124 pages. 19 euros



"Quand on me soumet une affaire, c'est qu'elle n'est pas banale. Je représente en quelque sorte le secours suprême." (Les cinq pépins d'orange)


Londres 10 septembre 1888. Deux prostituées ont été sauvagement assassinées dans le quartier de Whitechapel. L'inspecteur Lestrade sollicite l'aide de Sherlock Holmes dont il n'est pourtant pas dans les habitudes de s'intéresser à ce genre de crime. Ce dernier soupçonne que si Scotland Yard en appelle à lui, "c'est qu'il y a là plus qu'un simple fait divers". Les crimes de celui que l'on va bientôt désigner sous le nom de Jack l'Eventreur vont se poursuivre et plonger Londres dans la terreur...
Bien des années après cette période sanglante et alors que le mystérieux meurtrier n'a jamais été identifié, le Docteur Watson, qui a besoin de soulager sa conscience, se confie à Conan Doyle et lui raconte "l'histoire de Jack l'Eventreur".

""N'en déplaise à ses légions d'admirateurs, aux serviteurs de son culte, Sherlock Holmes est un personnage abominable, un héros proprement terrifiant. En plus de cent ans, tout a été fait pour le transformer en génie du bien. On lui visse une pipe, on l'affuble d'une loupe, on lui greffe un coeur pur. On l'envoie à la poursuite de  Jack l'Eventreur, on invente des aventures que Conan Doyle n'avait pas écrites".
Guy Konopnicki (Marianne / 23 au 29 janvier 2010)



J'aime la BD ! J'en lis depuis ma prime jeunesse. Inutile de dire que cela ne date pas d'hier, donc ! Par contre, j'en chronique très peu. Très, très peu ! Je ne suis jamais à l'aise lorsqu'il s'agit de parler d'une BD. Essayons tout de même...
L'ultime défi de Sherlock Holmes est une BD parue aux Editions Rivages / Casterman / Noir. Cette collection propose des adaptations en BD de polars parus aux Editions Rivages (un gage de qualité). J'avais lu naguère et beaucoup apprécié le roman de Michael Dibbin, (THE LAST SHERLOCK HOLMES STORY) "un écrivain subtil aux multiples facettes" (Claude  Mesplede / Dictionnaire des littératures policières). Ce pastiche (cette "sherlockerie" comme dit Claude Chabrol) fut d'ailleurs salué par la critique. Michael Dibbin n'était pas le premier à lancer Sherlock Holmes sur les traces de Jack l'Eventreur. "L'affrontement" avait déjà eu lieu dans des nouvelles, contes, pièces de théâtre, voire des poèmes, des BD et autres romans.
Citons pour mémoire : A study in terror (traduit sous le titre de Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur) d'Ellery Queen et La grand-mère de Sherlock Holmes de Jacques SIRKIS.
Je manque sans nul doute d'objectivité et je le revendique :
1 - J'ai toujours aimé le personnage de Sherlock Holmes et il m'arrive encore de relire une ou plusieurs de ses enquêtes.
2 - Les crimes de Whitechapel "m'intéressent" depuis de  nombreuses années. Ils intéressaient également Conan Doyle qui avait sa propre théorie quant à  l'identité du tueur. D'aucuns ont même prétendu que Conan Doyle était Jack the Ripper !...(Si vous désirez en savoir davantage sur Conan Doyle , je vous conseille l'ouvrage de Peter Costello : Conan Doyle détective).
3 - Je parlerai rapidement d'Olivier Cotte, le scénariste, et de Jules Stromboni dont j'ai apprécié "les dessins à l'ancienne".


Qu'ils veuillent bien me pardonner ! Mais j'avais prévenu. Je ne suis jamais à l'aise lorsqu'il s'agit de parler d'une BD. Je dirai simplement que tous deux ont fourni un excellent travail.
Je considère donc que cette BD, à la fois pastiche et hommage, est une excellente BD qui fait se rencontrer "ces deux contemporains dont Conan Doyle avait évité le face-à-face". Bien sûr, elle ne manquera pas de contrarier certains puristes, "les défenseurs du Temple".
Qu'ils relisent donc la préface à Seventeen Steps to 221 B, de James Edward Holroyd.
(L'ultime défi de Sherlock Holmes / Michael Dibbin / Rivages / Mystère / 1995 / page 9)
"Lorsque l'acteur américain William GILLETTE demanda à l'auteur s'il pouvait introduire une histoire d'amour dans la pièce consacrée à Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle se hâta de lui télégraphier : "Mariez-le, assassinez-le, faîtes de lui ce que vous voudrez".
Certains admirateurs, il faut le noter, ont jugé fort critiquable la position de cette autorité pourtant des plus canoniques (ou devrais-je dire CONANIQUES ?)."

Roque Le Gall

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