Sens interdit

Alain GROUSSET, Danielle MARTINIGOL

Flammarion, 2010
coll. Ukronie



Depuis 1918, la grippe espagnole a fait beaucoup de victimes. Dans son sillage, elle apporte un autre virus qui supprime une partie de l'odorat humain. Aujourd'hui, chaque humain fait partie d'une caste. Celle dont il peut sentir les odeurs. L'église des Flagellants maintient son pouvoir tyrannique par ces castes. Elle dénigre aussi toute avancée qui ferait vaciller son autorité. En Suisse, une jeune stagiaire de GenPharma découvre dans les archives, un projet vieux de douze ans : Médicale Amélioration de T.H.I.S. Un couple de scientifiques avait trouvé la formule pour que l'être humain puisse retrouver son odorat. En Tanzanie, Mathis, un jeune séminariste, va être recherché par Genpharma et les Flagellants. Il peut tout sentir.

Sens interdit fait partie de la collection Ukronie, de Flammarion. Comme il est écrit sur le site :"Son fil conducteur réside dans l'utilisation de l'uchronie, procédé connu en science-fiction. Dans chacun des titres, un événement majeur de l'Histoire est modifié et les auteurs imaginent avec brio quelles en auraient été les conséquences sur la modernité, nos vies et notre présent." Ici, il est question du virus Myxovirus odorenzae, qui détruit les muqueuses nasales. On ne peut plus sentir tout ce qui nous entoure. Les "odorants" (ceux qui peuvent sentir) sont répartis en plusieurs castes : minérale, animale ou végétale. L'église des Flagellants en a fait son cheval de bataille. Selon les religieux, cette perte de sens est arrivée, car nous avons perdu la foi. Le sens interdit nous permet de ne pas dévier du droit chemin. Ils maintiennent leur ordre par la peur, mais aussi par le déni scientifique.

On se laisse entraîner dans ce roman, où il faut être en odeur de sainteté pour réussir. Ce virus a modifié l'histoire, mais on retrouve les aspects les plus banals de notre époque contemporaine : téléphone portable, Internet, moyens de locomotion, nourriture... Ici, on s'interroge sur la société. Sans odorat, que se passe-t-il ? Et quand un sens est poussé à l'extrême, comment réagit l'être humain ? Les auteurs ont creusé le sujet : chaque caste sent une odeur principale. Mais ces odeurs sont déclinées selon d'infimes variantes. On peut sentir l'odeur animale, mais ne sentir que les êtres humains, ou que les animaux. Une épreuve, menée dès l'enfance, permet de savoir à quelle caste nous appartenons. A partir de cette caste, la personne saura quels métiers elle pourra exercer.

On s'attache très vite aux héros : Mathis, jeune séminariste qui peut tout sentir, mais qui ne connaît pas le monde extérieur. A contrario, son amie, Anne-Marianne, scientifique brillante qui ne peut sentir que le végétal. Les deux personnages, entraînés malgré eux dans un tourbillon, essaient de savoir pourquoi Mathis peut tout sentir. Ils vont vite s'apercevoir qu'ils ne peuvent faire confiance qu'à eux-mêmes. Le don du jeune homme attire de nombreuses convoitises.

Dans ce roman mené tambour battant, on dénonce la dictature des extrêmistes, mais aussi le fonctionnement des grands groupes. Tout pouvoir peut être corrompu, que ce soit un Etat, une banque, un ordre religieux... Sens interdit est une bonne lecture. L'action est trépidante, la psychologie des personnages réserve quelques surprises, la science-fiction permettra à ceux qui n'en lisent pas de passer un agréable moment.

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