Lebrac, trois mois de prison

Bertrand ROTHE

Seuil, 2009
282 pages, 18 euros



Au petit jeu du "Et si ...", l'auteur s'est penché sur la question de la guerre des boutons, fabuleux roman de Louis Pergaud. Qu'arriverait-il aujourd'hui aux Lebrac, Grangibus, La Crique, L'Aztec des gués et consorts ? Pour répondre à cette question dont la réponse est loin d'être évidente, une enquête minutieuse a été nécessaire à l'auteur, aussi bien auprès d'éducateurs et de sociologues, que de policiers, magistrats, médecins et autres. Il nous livre le résultat en resituant le conflit Velran / Longeverne dans un contexte réactualisé. Un siècle plus tard, l'avenir n'est pas rose pour nos guerriers prépubères. Comme le dit si bien le Tigibus du film, "ah ben si j'aurais su, j'aurais pas venu". Etourdissant constat de l'échec d'une politique du tout-répressif condamnée depuis son lancement par tous les acteurs de terrain, un essai qui va au delà de l'exercice de style et devrait susciter une remise en question des décideurs. De plus la post-face de laurent Bonelli est éblouissante de clarté, et tout en enfonçant le clou jusqu'à la garde donne des pistes de réflexion tout à fait intéressantes.

On pourrait se demander ce que vient faire cet ouvrage sur le site de MGRB. On aurait tort. L'exercice auquel s'est livré BR tient d'une variation subtile entre le polar, le roman jeunesse (l'original en est emblématique) et l'analyse sociologique. A la confluence de ces trois genres dont deux sont chers à nos coeurs de lecteur de "noire", il a produit un roman qui prend tout son sens dans l'actualité de la France telle que nous la vivons tous les jours mais également du simple point de vue littéraire. Nous avons tous autour de nous des exemples de ce que nos politiques font de nos jeunes générations et surtout ce qu'ils en disent. Il est plus que salutaire d'éclairer sous un jour nouveau les "sauvageons, racailles à nettoyer au Kärcher, casseurs" et autres. Et comme on nous ressert souvent la soupe du "De mon temps, ça ne se passait pas comme ça !", il est intelligent de rétablir un parallèle qui dément formellement l'angélisme des discours pré et post électoraux. Un livre à mettre entre toutes les mains.

Marion Godefroid-Richert

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