Le ghost writer

Claude ANDRIEUX, Youcef MD

Au Diable Vauvert, 2003



Rien ne va plus du tout pour Youcef, ce clandestin d'origine marocaine ! Expulsé de France, il est reparti au bled, là-bas, au Maroc. Pas volontairement ni de son propre chef, non ! Il était en situation irrégulière, alors on ne veut pas de lui en France ! C'est aussi simple que ça ! Après avoir transité par un centre de rétention, les autorités françaises ont donc décidé son rapatriement et lui ont fait prendre illico le premier vol pour le Maroc. A l'atterrissage sur le sol natal, la police marocaine venue l'attendre l'incarcère à son tour. S'il n'a plus sa place en France, le Maroc ne semble pas pour autant disposé à accueillir Youcef à bras ouverts ! Mais qu'importe ! Le Maroc, Youcef ne l'aime pas non plus et il ne se retient pas pour dire tout le mal qu'il pense de ce pays qui certes l'a vu naître et dans lequel il a grandi, mais qu'il ne considère plus du tout comme son pays à lui. Le Maroc qu'il nous décrit est un pays de misère, un pays de magouilles et de trafics, un pays en perdition, un pays régi comme un état policier par un président qui n'est en fait qu'un nouveau dictateur, un pays où sévit l'intégrisme islamique, un pays qui n'offre aucun avenir à ses jeunes et que toute la population qui aspire au confort, au bien-être et à une vie meilleure rêve bien évidemment de quitter...

Avec "Le ghost writer", Youcef MD alias Claude Andrieux conclut sa trilogie autobiographique commencée par "Je rêve d'une autre vie" et "Toute une vie pour l'aimer". D'une ville à l'autre dans un pays qu'il n'aime pas et qu'on l'a contraint de retrouver, l'auteur nous donne à lire le parcours d'un homme déraciné, déçu, amer, un homme en quête d'une identité et d'une légitimité, un homme qu'on a forcé à quitter le pays où il avait choisi de s'établir, qui retrouve sans plaisir la famille dans laquelle il a été éduqué, qui tente de gagner quelques sous, de survivre comme il peut dans ce pays du Maghreb qu'il ne reconnaît pas pour sien et qui ne rêve que de retourner chez lui, en France où il a parié sur un avenir meilleur, où il s'est construit une famille auprès de la femme qu'il aime. Un roman d'ambiance noire où la lumière ne pointe jamais. C'est l'écriture qui maintient le ghost writer la tête hors de l'eau, qui l'empêche de sombrer. Le livre qu'il a commencé d'écrire, il lui faut maintenant le terminer vaille que vaille. La plume acerbe et malgré tout toujours réaliste de l'auteur qui a la rage viscéralement chevillée au corps crache sa colère, sa douleur, son désespoir, tire à vue tant côté français que côté marocain pour assassiner croyances, bonnes consciences, idées reçues, cartes postales exotiques... Il crie, hurle, éructe, vitupère, explose... Et le lecteur se laisse emporter par la violence des mots sèchement assénés, hargneusement lâchés, la brutalité d'une prose véhémente, non dénuée de poésie et d'une forme d'ironie grinçante, et qui ne peut laisser personne indifférent.

A lire !

Né a Maroc où il a vécut jusqu'à sa majorité, l'auteur, alias Claude Andrieux, a publié deux romans à la première personne, "Une nuit avec un écrivain algérien" et "Le mauvais oeil", avant d'entamer l'autobiographie romanesque du polémique Youcef MD avec "Je rêve d'une autre vie" (Au Diable Vauvert, 2003) puis "Toute une vie pour l'aimer" (L'Aube, 2003).

MGRB

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