Bleu sur la peau

Gilles DEL PAPPAS

Jigal, 2001



Pas de chance pour Constantin dit le Grec : son ami Philippe le commissaire, vient de retrouver le cadavre d'une femme dont le sac contient une photo portant sa propre adresse !  Constantin échappera de peu à une noyade, à un attentat à l'explosif et à une tentative d'assassinat... Mais le meurtre de la femme le ramènera à une page douteuse de l'histoire de Marseille.

Bleu sur la peau, paru en 1998, est le deuxième roman de Del Pappas, après Le Baiser du congre. Le roman est sombre, évoquant une page douloureuse de l'histoire de Marseille. Les parents de l'auteur se sont eux-mêmes rencontrés dans la Résistance. Aussi, Del Pappas se sent-il attiré par cette page de l'histoire : du 22 au 24 janvier 1943, les allemands organisent une rafle, largement menée par la police française accompagnée de René Bousquet, essentiellement dans le quartier populaire du Panier. Les Juifs sont envoyés en camps et le quartier est entièrement détruit. Ce sujet a également été traité en polar par Maurice Gouiran dans Train bleu train noir, chez le même éditeur.

Bleu sur la peau est truffé de régionalismes et d'expressions locales pour la compréhension desquels, l'auteur a eu la gentillesse d'ajouter un glossaire. J'en tire ici les petits bijoux révélés par ce bouquin : "Il me casse les roustanbofis, ce testardon", tout comme "tu me fais caguer, jobastre" ou encore "devant des jeunes femmes qui dans le pire des cas regardaient d'un air sarcastique mon pauvre chichi belli qui ressemblait à une esquinade ou à un vrai baccala estransi",  trois expressions qui se passent de traduction. Mais quand on tombe en extase devant l'engatse (l'embrouille), la mounine (le sexe féminin), le quicou (le mot tendre) ou encore le taven merdassier (la mouche à merde), mieux vaut avoir le lexique en main ! Un oubli, le zboube (p. 209), mais dans l'expression colorée, "il m'excède le zboube", le lecteur a vite fait de piger !

Évidemment, lecteur, si tu kiffes pas un minimum Marseille, tu vas bader le bouquin, mais alors t'es un vrai boucan ! Marseille, Del Pappas, lui, il connaît, puisqu'il y est né en 1949. De la ville, André Suarès, poète marseillais, en souligne l'air d'ailleurs qui y flotte : "Celui qui est né à Marseille, n'a pas besoin de partir... Il est déjà parti."  On croise dans Bleu sur la peau, des figures marseillaises comme les deux escrocs, Carbone et Spirito, figures du milieu local. Mais on évoque également Caussimon, le pote de Léo qui composait pour lui des textes fameux tels que Comme à Ostende ou Ne chantez pas la mort.

Le livre est plein de personnages intéressants : Esther, une vieille marseillaise qui accueille son Constantin à coups de petits plats mitonnées avec amour ou  Claudie, la fliquette amoureuse de littérature policière et enfin Constantin, le Grec, qui n'a jamais eu de bol avec les girelles (un petit poisson mais aussi une jolie fille).

Un poil long vers le milieu, ce livre est tout de même prenant, bien écrit et porte en lui des pages d'histoire qui ne peuvent laisser indifférent.

PS : pour ceux qui souhaitent une explication à la sardine qui bouche le port de Marseille, mieux vaut aller voir avant d'évoquer gratuitement l'exagération des marseillais !

Marc Suquet

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