Mon nom est Person

Arnaud LE GOUEFFLEC

Coop Breizh, 2010
coll. Les enquêtes de Léo Tanguy



A Brest, la météo vire au grand frais  : une tempête déboule sur la ville. Le cyber-enquêteur Léo Tanguy se rend à Brest sur l'invitation de Jean Person, une figure bien connue du milieu associatif brestois. Militant infatigable pour le droit des sans-papiers, Jean Person disparaît brusquement. Léo Tanguy se lance à sa recherche.

Pastichant le titre d'un western spaghetti de 1973, Mon nom est Person est la neuvième parution de la série lancée par Gérard Alle, "Les enquêtes de Léo Tanguy". Une série façon Poulpe dont nous avons chroniqué deux tomes, Océano Police de Thierry Daubrege et Les jeunes tiennent pas la marée de Gérard Alle. Léo Tanguy est le Zorro de la toile, publiant sur son site  les embrouilles locales. Un site sympa sur lequel on trouve la "bible du personnage" qui fournit les clefs essentielles à sa compréhension. En passant, dis donc Léo, on en est plus à six mais à neuf enquêtes de publiées : alors au boulot, Léo !

Cette nouvelle livraison est une vraie galerie de personnages : Kondo, le sage qui meuble sa caverne d'Ali Baba, cachée sur la plage du Moulin Blanc à Brest, d'objets totalement hétéroclites amenés par la mer comme un adepte du cargo qui attend les cadeaux des dieux tombés des avions mais aussi Kondo qui sait lire à l'intérieur des gens en prenant leur pouls. Maître Toqueduc est le faf du coin, proche de fronts étrangement baptisés nationaux. Mais aussi son fils Reginald, le gros bras du père. Yves, le pigiste d'Ouest -France qui a la bière facile tout autant que l'amitié. Mathilde, l'ex-travailleuse sociale au grand coeur qui a pris fait et cause pour le combat des sans-papiers. Et puis surtout Jean Person, que l'on ne verra jamais, mais dont on sait que la figure est de celle des humanistes dont regorge la Bretagne.

Les hauts-lieux brestois sont de l'histoire : le Vauban, d'abord, le cabaret mythique du centre de Brest qui a connu Léo Ferré dans sa salle décorée de vieux portraits de Marlon Brando et Marylin, laissés par le père de l'actuel propriétaire. La mairie, "une sorte de pyramide conçue pour durer et édifier les siècles. Un gros massif de béton semblable à une version bonsaï du palais du peuple de Ceaucescu". Mais aussi Les Hespérides, le cabaret de la côte nord à Plouneour Trez, où les bretons côtoient sans problèmes les rastas depuis le début des années 90.

Le bouquin est ponctué de philosophie brestoise, de celle que l'on déclame à l'ombre d'un demi, comme : "C'est ça la vie : on attend que ça passe. Y en a juste quelques-uns qui patientent au sec, tandis que les autres sont dehors !"

A la fin du bouquin, une poursuite dans la tempête accélère le rythme. Au final, Mon nom est Person tient parfaitement sa place dans la saga des Léo Tanguy : un bouquin attachant, dénonçant les injustices faites quotidiennement aux sans-papiers, un scénario prenant et servi par une galerie de "gueules". J'ai aimé.

Marc Suquet

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