Adèle et la bête

Jacques TARDI

Casterman, 1976



L'éclosion d'un oeuf de ptérodactyle au Muséum d'Histoire Naturelle en 1911 crée quelques émois dans Paris. Le savant Boutardieu dirige l'animal depuis Lyon, bien que celui-ci ait parfois quelques velléités d'indépendance. L'affaire est confiée à l'inspecteur Caponi. Quant à Adèle, elle enlève Edith Rabatjoie, venue photographier le ptérodactyle.
 
Difficile de ne pas connaître Tardi et ses nombreux albums, dont les plus connus, la série des Nestor Burma et celle des Adèle Blanc-Sec, publiée pour cette dernière à partir de 1976.
Les neuf titres parus de la série Adèle Blanc-Sec sont l'histoire d'une feuilletoniste dont les aventures se situent entre 1911 et 1922. Ce premier album, Adèle et la bête, est une collection de personnages merveilleusement campés : depuis Philippe Bourtardieu, genre savant un peu barge doué de pouvoirs extraordinaires et au sourire maléfique, à Léonce Caponi, un inspecteur de police qui aura bien du mal à réaliser son rêve - devenir commissaire-, en passant par Justin de Saint-Hubert, le chasseur africain drapé de ridicule, ou Simon Flageolet, à la pipe très Sherlock, qui sauvera Adèle. On trouve également le portrait de scientifiques très début XXe  avec barbe blanche et lorgnons à la main. Le scénario est un brin complexe, ce qui peut lasser à la lecture, puisque plusieurs histoires s'intercalent : celle du ptérodactyle, mais aussi l'enlèvement d'Edith Rabatjoie.

Mais Adèle Blanc-Sec, c'est avant tout une ambiance : celle de Paris, depuis ses faubourgs populaires jusqu'à la présidence de la République. Certaines pages sont d'anthologie, comme la mise en place d'une chaîne de décision depuis le président Armand Fallières jusqu'à Dugommier le commissaire principal, chaque niveau refilant lestement l'affaire au niveau inférieur, celle-ci finissant par atterrir dans les bras du pauvre Caponi. Adèle Blanc-Sec, c'est également un sacré personnage, aussi intelligente que râleuse, aussi exigeante que téméraire, aussi parisienne qu'intemporelle.

C'est pourquoi, nous sommes très déçus par l'adaptation qu'en a fait Luc Besson, dans laquelle seuls les costumes et les décors nous ont intéressés. Le jeu des acteurs, par trop superficiel, nous a semblé désastreux : le sourire en coin, aucun ne semble véritablement croire à son rôle. L'ambiance un peu noire de la BD est totalement occultée et au final nous nous sommes franchement ennuyés. Dommage, Adèle méritait mieux.

Quant à Luc Besson, on ne retrouve pas dans ce film, même en cherchant bien, le grand cinéaste de Léon, Nikita ou le Cinquième élément !

Anne-Catherine et Marc Suquet

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