La Parallèle Vertov

Frédéric DELMEULLE

Mnémos, 2010
coll. Dédales



Comment José-Luis de Almédia peut il vivre de nos jours et être en même temps présent à l'enterrement d'Edouard VII en 1910 ? C'est ce que va découvrir son neveu, Child Kachoudas en embarquant sur le Vertov, un ancien sous-marin soviétique, transformé dans le but d'effectuer des sauts dans le temps.

Le voyage dans le temps est l'un des thèmes favoris de la SF depuis La machine à explorer le temps (H.G. Wells). Il est également évoqué en BD avec Valérian et Laureline. Voici un nouvel auteur qui s'attaque à cette question. Frédéric Delmeulle a déjà publié, mais pas toujours du branchant : on laissera son Prolégomènes à une histoire quantitative du cinéma français sous la Quatrième République, publié en 1993 en tant que chercheur en histoire du cinéma, aux amateurs du genre désireux de dépasser l'alléchante barrière du titre du bouquin !

La Parallèle Vertov est le premier volume de la saga des "Naufragés de l'entropie", dont le deuxième tome (Les Manuscrits de Kinnereth) est achevé, l'auteur planchant actuellement sur le troisième.

Dès le premier abord, Delmeulle créé la surprise : comment peut on vivre de nos jours et apparaître sur un film pris lors de l'enterrement d'Edouard VII en 1910 ? Pourquoi aucun équipage n'est-il prévu pour faire naviguer cet énorme sous-marin, rescapé de l'époque soviétique et totalement réaménagé ? Le roman va balader son lecteur entre lieux et époques différents : de Verdun à l'empereur Trajan en passant par Sélinonte en 117 après J.-C. : l'auteur est un connaisseur de l'histoire, capable d'évoquer Jean Jaurès aussi bien que les boutiques charitables ouvertes sur les Champs-Elysées pour venir en aide aux invalides de guerre, mais aussi les guerres coloniales ou l'abandon de l'Afrique Equatoriale Française au profit de l'Allemagne.   

Les références à la littérature sont nombreuses : de Gaston Leroux et son Mystère de la chambre jaune à Arthur C. Clarke avec 2001 l'odyssée de l'espace, mais HAL9000 s'est ici transformé en Marlène Dietrich, avatar sulfureux et intelligence artificielle du sous-marin. Bien sûr, l'allusion au Nautilus et au capitaine Nemo est évidente. Au cours du livre, on voit apparaître des personnages inattendus, comme John Lee Hooker. Bref, ça foisonne, y compris dans le vocabulaire, puisque j'avoue avoir été chercher la signification du mot « allivré » !

On aborde ce bouquin avec réjouissance : attiré d'abord par une excellente couverture (normal c'est Manchu !) mais aussi par la promesse d'un florilège délicieux mélangeant science, histoire et SF. Le début est rythmé, passionnant, avec notamment la poursuite de l'horrible Thomas Raleigh, tueur en Afrique, banquier en Suisse et un peu trop lié aux nazis. J'ai moins accroché sur la partie centrale, parfois trop longue ou lente. Les postulats et explications scientifiques restent intéressants mais souvent interminables. Ainsi, l'exposé du saut dans le temps et de ses contraintes. La fin de ce premier tome renoue fort heureusement avec le rythme.

Bref, un beau premier coup pour Frédéric Delmeulle, nuancé de mignons péchés de jeunesse !

Marc Suquet

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