Le Kilt rouge

Claude-Youenn ROUSSEL

Keltia Graphic, 2010



Après avoir élucidé le mystère d'un meurtre à bord du Conquérant, vaisseau de 74 canons, puis celui de l'assassinat du capitaine de l'Infidèle, frégate de 18 canons, et enfin de toute une série de crimes commis dans les jardins de l'hôpital de la Marine de Brest, l'aumônier Gratien se voit investi d'une nouvelle mission encore plus palpitante. Cette fois, il ne s'agit pas de jouer au simple enquêteur, mais de goûter à la diplomatie internationale, avec pour objectif de rétablir Charles Edouard Stuart, le "Bonnie Prince Charlie", sur les trônes d'Ecosse et d'Angleterre. Ce projet est ourdi en sous-main par le Vatican, souhaitant améliorer la situation du catholicisme en Grande-Bretagne, et - quoique avec moins d'entrain - par la Couronne française, toujours à l'affût d'une occasion de taquiner la perfide Albion. C'est ainsi que Gratien, toujours accompagné de son fidèle Julio, embarque à Zeebruge pour gagner les côtes écossaises. Or, par un matin sinistre, un matelot entend, venu de nulle part, le chant mélancolique d'une cornemuse. Quelques jours plus tard, un grand kilt rouge est retrouvé cloué à la base du grand mât. Le capitaine le fait jeter par-dessus bord, mais il est retrouvé dans les mêmes conditions le lendemain. C'est désormais une certitude, le navire est hanté !

Le Kilt rouge est le quatrième tome des aventures de l'aumônier du Ponant, sous un nouveau format - plus grand, mais tout aussi agréable que l'ancien - dû à un changement d'éditeur. Quel plaisir, que de croiser de nouveau la route de l'infatigable Gratien, aumônier malgré lui, et de son inséparable Julio, accompagné de ses deux rats danseurs ! Les amateurs retrouveront avec bonheur tout ce qui faisait le sel des précédents ouvrages : une histoire passionnante, pleine de rebondissements et de mystère, servie par une écriture savante et malicieuse, où l'on sent à chaque instant l'amusement éprouvé par l'auteur à donner libre cours à son imagination tout en partageant ses connaissances. Le texte est truffé d'anecdotes historiques, de détails pointus sur les techniques de l'époque et, toujours, de ces expressions fleuries dont on s'était délecté dans les trois premiers volumes. Ainsi, on apprendra ce que voulait dire "amarrer sa langue au taquet" ou "se faire embarquer la chaloupe". Laissons le lecteur dénicher la réponse dans les pages de cet ouvrage !
Le Kilt rouge est donc un très bon roman d'aventures historiques, mené tambour battant avec humour et érudition par un spécialiste de la période. Malheureusement, je me dois de mettre un bémol à mon enthousiasme : il est regrettable que le texte soit jonché d'un nombre impressionnant de coquilles, qui vont jusqu'à rendre certaines phrases difficilement compréhensibles. A titre d'exemples (parmi tant d'autres), comment se fait-il que personne n'ait corrigé ce "Hors quarante ans plus tôt..." (au lieu de "Or", p. 15), ou cette "porte (...) fermée de l'intérieur par un gosse barre à bascule" (sic, p. 31), ou encore ce magnifique "le sénéchal décida de juger le (...) criminel, comme c'était cela se pratiquent encore, en audience immédiate et restreinte" (re-sic, p. 39) ? C'est vraiment dommage, car le texte de Claude-Youenn Roussel méritait un travail éditorial autrement plus poussé.

Louis Hervé

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