Fables amères

Christophe CHABOUTÉ

Vents d'Ouest, 2010



Douze petites histoires de la vie de tous les jours, depuis la caissière de supermarché que le client engueule pour son manque de sourires jusqu'à la famille expulsée de France par avion. Rien d'extraordinaire dans ces Fables amères. Rien d'autre que de petites lignes de vie, sans grandiloquence, sans tralala aucun : des incidents que l'on pourrait rencontrer à chaque croisement de rue, et ce dès demain.
La construction est la même pour toutes ces courtes histoires : une situation décrite rapidement, le plus souvent banale, puis un décroché qui rend plus originale la tranche de vie racontée. Ainsi, les parents qui ne souhaitent pas se faire réveiller par leur petite fille, bien que celle ci leur apporte le petit déjeuner au lit. Ou encore, les passagers du métro serrés à l'heure de pointe mais dont la dernière image montre qu'ils laissent un no man's land autour d'un passager que l'on devine immigré. On trouve également des contrastes criants comme celui existant entre ce couple d'un appartement cossu qui se bat pour la couleur d'une lampe devant cet homme qui passe la nuit à dormir dehors.
Le dessin ne surprendra pas les amateurs de Chabouté, il est de la qualité habituelle de l'auteur avec, comme souvent, un noir dominant. Un seul regret, le manque de séparation nette entre les histoires qui font s'interroger le lecteur, mais peut être est ce voulu par l'auteur.
Constitué de petites scènes décrivant une société et ses injustices qui existent tout près de nous, Fables amères ne restera probablement pas comme une oeuvre majeure de Chabouté, qui en a produit bien d'autres (Landru, Terre neuvas, Construire un feu, Tout seul...), mais bien plutôt comme une petite parenthèse au milieu de ses grands albums, offrant matière à méditer sur notre quotidien.

Marc Suquet

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