Peste

Chuck PALAHNIUK

Gallimard, 2009
432 pages. 8 euros



Mais qui était donc Rant Casey ? Buster, Buddy, suivant que son père ou sa mère l'appelait, dégoûtant et fascinant. Capable de reconnaître à qui appartenaient les tampax et préservatifs de la région au premier coup d'oeil ou au reniflement près. Le patient zéro de la plus grosse épidémie de rage du siècle et de l'histoire de l'humanité. Un visionnaire du voyage dans le temps. Le résultat d'un croisement génétique improbable avec sa propre ascendance. Tout ça et rien de tout ça, ce sont tous les gens qui l'ont connu, reconnu, croisé ou fréquenté qui le disent. Mais de quel esprit maladif pourrait germer l'idée d'un être d'une telle nature, si ce n'est de celui de CP ?

Encore une fois l'écrivain américain a pété une durite, comme on dit vulgairement. C'est de l'ordre du génial et complètement original, jamais lu avant. Un récit choral puisque le produit d'une bonne trentaine de personnages qui esquissent et ensuite affinent le portrait de cet improbable antechrist à grand coup d'anecdotes et de petites confidences personnelles. La maîtrise de la technique narrative relève déjà du grand art de la part de l'auteur, mais la teneur du récit a également de quoi laisser pantois. C'est lentement que le fantastique fait irruption dans cette biographie étonnante d'un héros peu ordinaire. La description sociétale attenante à la vie de Rant Casey est pour sa part comme d'habitude chez Chuck Palahniuk un condensé de désillusion et de pessimisme, mais tellement réaliste, plausible, qu'on ne peut qu'y souscrire, hilare et consterné. C'est encore un exemple de l'inventivité d'un des auteurs les plus créatifs de sa génération.
Un grand régal de lecture, une oeuvre peut-être visionnaire ? A lire d'urgence.

Marion Godefroid-Richert

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