Les visages

Jesse KELLERMAN

Sonatine, 2009
471 pages. 22 euros



"Tout ce que je peux faire, c'est dire la vérité, et, en vérité, je suis peut-être bien un sale con prétentieux. Peu importe. Je n'en mourrai pas." (page12)

Ethan Muller, jeune propriétaire d'une galerie d'art contemporain à New-York, est contacté par Tony, l'homme de confiance de son père, avec qui il est en froid depuis de nombreuses années. Dans un appartement miteux appartenant à son richissime paternel, on a découvert des cartons entiers de dessins étranges et captivants. Leur auteur ? Victor Crack, un semi-ermite qui vivait là reclus depuis une quarantaine d'années. Le mystérieux Victor Crack qui a disparu sans laisser de traces. Ethan Muller expose une partie des dessins dans sa galerie. Le succès est immédiat et la critique est unanime : Victor Crack, dont on ignore tout, est un génie.

C'est alors qu'un policier à la retraite contacte Ethan Muller. Il a reconnu sur l'un des dessins exposés les visages d'enfants assassinés dans les années 1970.
Victor Crack, "le génie", serait-il également un serial killer ? Ethan Muller va se lancer dans une enquête dont il ne sortira pas indemne.

...  " j'avais devant moi une des plus vastes oeuvres d'art jamais produites par un seul individu." (page 29)

Les visages est le troisième roman de Jesse Kellerman, jeune auteur prometteur. Il est vrai qu'il a de qui tenir : ses parents, Jonathan et Faye Kellerman sont tous deux des écrivains reconnus. Les visages a été élu "meilleur thriller de l'année par le New-York Times". Les visages est surtout un livre inclassable. Thriller haletant, avec mystère et suspense, à "l'intrigue machiavélique", oui, sans nul doute. Mais Les visages est bien plus que cela. Ce roman est principalement "un roman familial" : parallèlement à l'enquête menée par Ethan Muller, à la recherche de Victor Crack et de LUI-MEME, l'auteur insère des chapitres concernant l'arrivée de la famille Muller aux Etats-Unis, son histoire. Bien évidemment les deux récits vont finir par se rejoindre, se télescoper, se lier, s'imbriquer intimement pour ne faire qu'un.

En fait, Les visages est l'histoire d'un pauvre petit garçon riche, narcissique et solitaire, à la recherche de "quelque chose" qui pourrait se substituer à l'amour parental dont il a été privé.

Les visages est également une réflexion sur l'art - et ses travers - sur la création, sur le génie...

Jesse Kellerman, est un styliste hors pair. Tout le monde s'accorde à le dire. Il a créé des personnages peu conventionnels et une intrigue elle-même peu conventionnelle et fort habile. Inutile de dire que j'ai beaucoup aimé ce roman très original.

Roque Le Gall

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