Pitié pour Wolinski

Georges WOLINSKI

Drugstore, 2010
48 pages



Wolinski, confronté à son double plus jeune, se pose quelques questions de fond : son travail de dessinateur, sa collaboration avec l'Huma, sa vision des femmes.

Wolinski, c'est l'auteur aux 80 albums. Le dessinateur qui a coopéré avec des titres mythiques comme Hara Kiri, Charlie, L'Enragé fondé avec Siné durant les événements de 68, L'Echo des savanes, ou encore pour des parutions plus sages, comme L'Huma, Libé, Le Nouvel Obs, Paris Match... Wolinski est aussi le dessinateur de la plantureuse Paulette.

Le dessinateur est l'homme aux phrases provocantes comme la très coluchéenne : "La question est de savoir si nous préférons être opprimés par le communisme ou exploités par le capitalisme" ou "je veux être incinéré. J'ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme cela, je verrai tes fesses tous les jours" mais aussi et plus étonnant lorsque l'on voit son regard sur les femmes dans ses albums "Les années font d'une vie en commun un trésor".

Dans ce nouvel album, l'auteur subit un affront insupportable : ses planches ne sont plus jugées comme insultantes ou méchantes. Le lecteur le suit dans sa vie de tous les jours : des réunions dans lesquelles on le retrouve entouré de ses potes (Cabu, Cavanna, Val, Reiser, Gébé, Choron, Siné...). Il rappelle des moments difficiles comme son choix, impossible à comprendre pour ses potes, de travailler pour l'Huma avec qui il rompra lorsque des communistes étant entrés en 1981 au gouvernement, on lui demandera d'arrêter de taper sur les socialistes. Il évoque l'assassinat de son père à Tunis par un ouvrier licencié ou la mort de sa première femme dans un accident de voiture.

On trouvera dans cet album, Wolinski jugé par un tribunal, genre Flagrants délires, pour coopération avec la publicité. Mais rassure toi, lecteur, Wolinski sera relaxé. Au détour d'une page, comme j'aime Cavanna lorsqu'il déclare "la publicité rend con, la publicité nous prend pour des cons".

Fidèle à son style, nichons et foufounes ne sont guère absents de cette nouvelle livraison. L'auteur de Paulette n'a pas perdu ses lettres de noblesse. Le personnage de son double est bien perdu par les incontournables de la vie moderne : ainsi la carte bleue "qui sert à se donner l'illusion que l'on a les moyens".

Les cases sont ponctuées de longues plages de texte qui alourdissent souvent le rythme de l'album. Certaines sont parfois suffisamment longues pour que le lecteur s'essouffle et se lasse avant la fin. Le dessin est celui que l'on connaît de l'auteur : pêchu, sans détails et parfois avec un air de pas tout à fait achevé.

J'avoue ne pas avoir été passionné par ce nouvel album. Wolinski s'y raconte de façon un peu brouillonne et sans guère de souci du détail. Le lecteur que je suis a bien eu du mal à s'en trouvé touché.

Marc Suquet

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