Ce doux pays

Ake EDWARDSON

10x18, 2009
410 pages. 8 euros



Septième tome des enquêtes du commissaire Erik Winter, Ce doux pays est bel et bien la Suède. Le beau quadragénaire jazzophile a quitté sa villégiature en Espagne pour revenir dans la touffeur de l'été nordique. Cette fois il enquête sur un massacre peu commun à Göteborg : on a retrouvé trois cadavres dans une modeste épicerie ouverte la nuit, baignant dans une mare de sang. Les trois hommes ont été sauvagement défigurés. Pas vraiment pour rendre leur identification impossible, plutôt sous le coup de ce qui semble être une rage aveugle. Peu de pistes, comme d'habitude. Et plus encore, car les victimes appartiennent à une communauté vaste et autarcique : des immigrés, essentiellement d'origine kurde. A mesure que Winter et son équipe cerclent et soulèvent tous les lièvres imaginables à leur portée, ils finissent par remuer une vase sociale collante, opaque, sombre, dont les remugles empuantissent le deuil des familles apeurées et ignorantes des mécanismes du drame. Pas facile d'arracher des indices à ceux qui ont tout perdu puisqu'ils ont laissé leur foyer sans espoir de retour. Dans quel abîme de désespoir le commissaire va-t-il encore plonger pour résoudre le mystère ?

Jamais déçue par l'auteur suédois. Il fait vieillir et grandir en même temps tous les protagonistes récurrents de ses romans. On s'y attache d'autant plus qu'il n'y a pas la moindre trace de complaisance de l'auteur envers eux. Ils ont des défauts et des qualités, ne représentent en aucune manière un idéal à atteindre ou un modèle repoussoir pour le lecteur mauvais-genrophile. Ake Edwardson sait à chaque mouveau récit explorer un volet nouveau de la société à laquelle il appartient, donner un nouveau relief à certaines coutumes, certaines tournures d'esprit. C'est un voyage intime auquel il convie le lecteur et dans lequel on se laisse volontiers embarquer. Au fil du temps cependant on note un glissement du style de l'auteur. Autant les premiers tomes de sa série laissaient résonner en filigrane au fil des pages une musique directement venue du jazz atonal de Miles Davis et John Coltrane, autant maintenant la musique se tait d'une certaine manière, on entend plus le silence (non, non, je n'ai pas fumé la moquette). Certains auteurs ont cette qualité particulière de faire naître des courants souterrains sous leur écriture, qu'on entend ou pas c'est selon, et bien AE sait faire entendre un silence intérieur, c'est comme ça. J'adore. Toujours aussi merveilleux, à lire absolument.

Marion Godefroid-Richert

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