Je suis ta nuit

Loïc LE BORGNE

Intervista, 2008
365 pages. 14 euros



Pierre, Mélanie, Karl, Francis-Emmanuel, Sébastien et Maël, six copains qui vivent à Duaraz, un village breton. La vie tranquille d'une bande de copains dans un petit village. Mais les événements s'accélèrent (des cadavres qui flottent dans la rivière, des animaux qui attaquent...), aboutissant à la rencontre d'un homme malveillant dans lequel Maël reconnaît le Bonhomme nuit...

Le livre débute par les interrogations d'un père envers son fils dont l'une des meilleures amies vient juste de se pendre. Le thème du suicide est donc évoqué dès le prologue de ce bouquin. Le père évoquera ses propres souvenirs, nous entraînant dans un retour vers l'année 1980.

La première partie est lente et un peu longue. C'est bien sûr la mise en place du décor et des personnages, mais je l'aurais bien vue plus courte ! On s'y familiarise tout de même avec cette bande de cinq potes : il y a de l'adolescence, du Star Wars, du Goldorak et du Casimir dans l'air. Le lecteur s'imprègne de leur environnement que l'on pourrait croire très serein : le village de Duaraz qui ressemble fort à celui où Loïc Le Borgne a passé son enfance, près de Rennes.

Dès la seconde partie, le contraste est saisissant : l'angoisse monte chez le lecteur devant l'apparition d'animaux au comportement étrange, de cadavres qui flottent ou encore du fameux Bonhomme nuit. Un vrai changement, sans transition aucune, avec leur vie pépère d'ados : le monde des enfants débouche sur celui des adultes. L'auteur avoue être arrivé dans la rédaction de cette deuxième partie, lors des événements du 11 septembre 2001 : une coïncidence qui l'a décidé à être brutal. On trouve donc des enfants qui meurent dans le bouquin de Loïc Le Borgne.

On évolue entre la réalité et le fantastique : mais qui est donc ce Bonhomme nuit ? Il y a du rythme dans cette deuxième partie qui culmine avec la révélation finale. Le roman est plutôt bien écrit et se laisse lire sans problèmes, si ce n'est les longueurs, déjà évoquées, de la première partie.

Ce roman a déclenché une mini tornade dans la ville de Rennes : sélectionné par des collégiens parmi une centaine de livres, cet ouvrage a été retiré de la sélection finale du Prix Ados, créé il y a 17 ans par la librairie rennaise la Courte Échelle et la Ville de Rennes. L'inspecteur d'académie a expliqué que "l'Education nationale doit s'assurer que les livres mis à disposition des élèves ne sont pas de nature à choquer les convictions et sensibilité, à générer des doutes chez les jeunes ou des protestations des familles".

On trouvera ici et des réactions à ce problème.

Ces réactions ont eu pour conséquence la réintégration de ce livre, ainsi que de celui Nathalie Le Gendre (Les orphelins de Naja) dans la sélection du Prix Ados. Sans prendre parti, on se rappellera que cette collection soutenue par Luc Besson, est destinée aux 15-20 ans, de bien grands ados aptes à lire ce bouquin. Comme le signale Denis Guiot, "Chaque roman de la collection 15-20 a l'ambition de divertir l'adolescent le plus rebelle à la lecture, de le faire rêver, de l'émouvoir, mais aussi de l'aider à prendre sa place dans le monde". L'erreur vient probablement du fait que ce livre a été placé dans une sélection destinée à des ados de 13/14 ans.

Marc Suquet

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