Qui a peur de Baby love?

Maurice GOUIRAN

Jigal, 2009
276 pages



Marseille, à 8h et 3 minutes du matin, Albert Capodicasa, chauffeur de camion poubelle de son état, découvre avec stupeur un cadavre pendu au dessus de la passerelle de la gare d'Arenc. Suicide ou meurtre ? Une question qui va entraîner Clovis Narigou, mais aussi le lieutenant de police Emma Govgaline, dans une enquête menant à des notables troubles, à un lycée très catho et à une ancienne photo de classe.

Après Terminus Ararat ou encore Les damnés du vieux port, voici une nouvelle enquête de Clo, Clovis Narigou, aujourd'hui à la retraite, mais éleveur de chèvres dans la garrigue à la sortie de Marseille.

Comme toujours, les livres de Maurice Gouiran sont parfaitement documentés. Marseille d'abord : le lecteur ne peut louper l'amour de Gouiran pour cette ville. Il faut dire qu'il est né tout près et a passé son enfance à L'Estaque. Alors, quand Maurice Gouiran parle de Marseille, n'y voyez rien d'artificiel : sa ville il la connaît ! Maurice Gouiran donne au lecteur quelques éléments de décor originaux comme le Beau bar et ses éternels consommateurs vissés à leur siège : Le Furoncle et 100 kg ! L'auteur affiche aussi avec raison sa fidélité à Jigal, un éditeur marseillais qui a fait ses preuves.

Comme les autres, cette nouvelle parution de Maurice Gouiran est remplie de références historiques ou artistiques : le quartier de la "Petite France" à Strasbourg évoquant les soldats du roi atteints de syphilis, Norman Mailer l'écrivain ou Edward Hopper le peintre, ou encore les milieux extrémistes comme le GUD, créé à la suite de la dissolution d'Occident en automne 68 et s'affirmant comme l'un des principaux pôles militants de l'extrême droite en France, les affaires Stavisky et Lucet, l'OAS, l'Algérie, les propos fort contestables d'Ernest Renan sur les races, le "Summer of love de St Francisco", et encore bien d'autres références qui enrichissent ce texte de façon variée.

Même les chèvres gardées par son héros, Maurice Gouiran les connaît, puisqu'il en a gardé jusqu'à l'âge de 11 ans ! Il organise avec ses copaings, les journées de la chèvre du Rove, les 25 et 26 octobre.

L'histoire de ce nouveau polar est rythmée : par couches successives, l'auteur capte son lecteur et l'amène progressivement vers son dénouement. Quelques techniques permettent de conserver ce rythme : ainsi l'annonce, la veille de la mort des victimes, ... de leur décès ! Mais aussi les circonstances de ces morts : que signifie le morceau de tissu que l'on retrouve sur les victimes et pourquoi une couleur différente à chaque mort ? Il y a quelque chose des Dix petits nègres avec cette disparition progressive des cinq camarades de classe que l'on peut rayer sur une vieille photo.

Question style, j'aime bien : "j'ai quitté l'Estaque avec la conviction que la mort de PB sentait le suicide autant que mes chèvres, le Shalimar de Guerlain". Il y a aussi plus réaliste : "les réalisations artisanales de quelques candidats potentiels au dîner de cons".

J'ai bien aimé ce polar, tant par le scénario et le style que par les multiples évocations historiques et artistiques de l'auteur.

Mais, euh ? Maurice, où allez vous donc chercher ces noms à coucher dehors : Polycarpe Bouffaréou, Passionis Cimarosa, Fredounet Costa Cuerta ou encore, Bellorophon Espingole ?

Marc Suquet

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