Mayotte-Nantes : un aller simple pour Nadjati

Laurence LAVRAND

Harmattan, 2009
146 pages. 14 euros



Margaux, une jeune collégienne, retrouve sa copine Nadjati, venue de Mayotte pour participer à un tournoi de basket. Mais le passage de Nadjati cache d'autres raisons bien plus complexes que le sport.

Voilà un petit polar destiné à de jeunes adolescents (9 à 12 ans). L'ensemble est bien mené, joliment écrit, plein de rythme et je dois avouer que l'adulte que je suis ne s'est pas embêté une seconde, étant même curieux de découvrir la suite de l'histoire. C'est vrai qu'une tentative d'assassinat à St Flagrant, un bourg un peu endormi de 1800 habitants, ça créé quelques émois !
Le scénario contient des rebondissements et des révélations familiales qui ne manqueront pas de déclencher quelques larmes chez les coeurs sensibles, mais qui ne sont pas réservés aux seules midinettes et se révèlent finalement assez jolis.
Au fil de la narration, des sujets d'actualité sont abordés : le sort des clandestins de Mayotte, venus en kwasssa-kwassa (barque de clandestins), la peur de l'immigrant, angoissé par les contrôles de police, mais aussi les raisons de sa fuite : dans son pays natal, Nadjati n'avait pour perspective que les coups de son tuteur, son mariage forcé à 16 ans ou encore son oncle qui l'a "essayée" ! Les descriptions restent pudiques mais devraient déclencher chez les lecteurs ados des réflexions intéressantes.
Laurence Lavrand décrit également les réactions de quelques français face à ces immigrants, dont certaines bien proches de partis un peu trop "nationaux". L'auteur rappelle des éléments d'histoire comme la présence française dans les Comores, dans les années 70. Le scénario est donc parsemé d'éléments de fond qui renforcent l'histoire policière.
On trouvera quelques réflexions bien vues sur des comportements stupides : ainsi, Katie, la nana carrément peste, qui refuse à ses copines de monter dans la BM de son père, de peur de la salir !
Dès la première phrase "Il n'est pas question que tu ailles au collège dans cette tenue", l'auteur montre d'emblée une pratique approfondie de l'ado dans sa subtile subtilité. Autre exemple, ce jean pour lequel l'ado moyen refusera d'avouer le lieu de son achat : la braderie d'Emmaüs. Et puis, la jalousie vécue par Margaux lorsqu'elle voit Antoine emmener Katie sa rivale, sur son scoot ! Le moins que l'on puisse dire c'est que Laurence Lavrand observe et même pratique quotidiennement le monde des ados. Elle délivre au fil des pages des conseils de bon sens : "Si tu veux qu'Antoine s'intéresse à toi, il faut le séduire par tes qualités, pas par tes imitations de star". Le lecteur adulte découvrira quelques "adolescenteries" qu'il ignorait peut être, comme FPMB placé au dos des lettres destinées aux amoureux et dont la signification, très prometteuse, est : "fermé par 1000 bisous" !
Le livre comporte des personnages bien campés : Valentine, la grand mère isolée qui n'a jamais rien fait d'illégal, n'hésitera pas à cacher Nadjati, recherchée par la police. Elle deviendra un élément essentiel de la chaîne de solidarité qui se noue autour de la jeune réfugiée.
Coté forme, les titres de chapitres sont curieusement présentés, comme s'ils étaient écrits avec une très ancienne machine, comme celle de mon grand père, où le "enter" des ordinateurs actuels était remplacé par le mythique "retour chariot", effectué à la main et d'un geste généreux.
Deux petits regrets : la page 38 donne des indices suffisants pour imaginer la suite de l'histoire. C'est un poil rapide. Quant aux excuses de Katie à la fin du livre, elles me semblent un peu "fleur bleue". Mais peut être est ce une impression d'adulte ?

Au total, un bon petit polar pour ados, tant sur le fond que sur la forme. L'auteur en est à son quatrième livre, les trois premiers ayant été rédigés en breton. Une bonne livraison.

Marc Suquet

partager sur facebook :