Chien du Heaume

Justine NIOGRET

Mnémos, 2009
320 pages. 18 euros



"... Je suis Chien du Heaume... et de l'autre côté tu sauras qu'il faut un dard plus puissant que le tien pour me percer le cuir".

C'est avec ce nom qu'elle se présente à Bruec "le sanglier", propriétaire des terres sur lesquelles elle vient de tuer un cerf. Car c'est à ça que Chien du Heaume passe ses hivers, chasser et vendre les peaux, espérant que cette errance d'auberge en auberge la mettra sur la piste de son nom. Car Chien a perdu son nom de naissance et depuis elle court après.
Sanglier " ..homme hirsute et brun, au visage tanné par le soleil et le froid...", propriétaire du castel de Broe va pour l'hiver lui offrir le gîte et le couvert en échange de son bras et surtout de ce qui le prolonge, sa hache finement ciselée.
C'est avec cette dernière, seul souvenir de son père que Chien de Heaume espère remonter vers ses origines. Mais l'hiver arrive, avec une "froidure" peu commune et le castel de Broe se referme sur lui même.
Dans cette quête absolue, Chien de Heaume croisera la route de Regehir, le forgeron défiguré par les curés, Yinge jeune guerrier en formation au castel de Broe mais aussi de Noalle jeune, très jeune épousée de Bruec, rencontres qui l'emporteront souvent vers une forme de bonheur mais souvent en enfer.

"...un bon livre est un peu comme un coup de pied dans le ventre, ça coupe le souffle et on s'en redresse avec les joues rouges et les larmes aux yeux".(Cf interview de Justine Niogret, l'auteur)

Pour un coup de pied dans le ventre c'est un sacré coup de pied dans le ventre et je ne suis pas sûre de m'en être redressée encore !
Dès les premières pages et après la première surprise passée (surtout, surtout ne vous fiez pas à la couverture...) nous sommes aspirés dans ce récit plein de contrastes : violence de l'époque et de ses règles mais douceur des amitiés qui se lient durant l'hiver, rudesse des caractères mais personnalités blessées... C'est sombre, froid mais le ton est juste.
Rien pour Justine Niogret n'est figé, ni ses personnages, ni son récit dans lequel il n'y a pas "le Bien et le Mal" mais juste des femmes et des hommes qui se débattent dans ce monde médiéval plein de crasse et de sang. Quel plaisir de lire et d'accompagner une héroïne capable d'être ce qu'elle est et de s'y retrouver dans un monde d'hommes (ça change des cruches...).
Mais ce qui laisse "coite", c'est l'écriture de ce récit, à mi chemin entre le conte et le récit épique, utilisant une langue fluide mais inusitée qui donne toute sa profondeur au texte.
Enfin, cerise sur le gâteau, ne vous arrêtez pas à la page 203 mais poussez un peu plus loin et régalez vous de son petit lexique.

Alors oui, lisez ce livre et Justine écrivez en un autre !

Annecat

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