Docks

Yvon COQUIL

Barbu, 2009
170 pages. 9,5euros



Tu cultives ? Mais quoi donc, grand Dieu ?
Je cultive la nostalgie des champs mauves. (page 51)

Novy Dardoup, enquêteur à la SAM (Société d'Assurance Mutuelle), vit seul au dernier étage du Maltais, un bar du port de commerce de Brest et dont le patron, Mathieu, rencontré 10 ans plus tôt, "aurait pu être son père, et l'avait adopté sans façon" Myriam, son ex-épouse, vit désormais avec son professeur de sophrologie et Dardoup, à son plus grand regret, ne revoit son fils Yves, élève de CM2, que durant les week-ends.

Une nuit, il reçoit un appel téléphonique de M. Chapot, son directeur : "un entrepôt de la chambre de commerce est en feu depuis une heure du matin". Dardoup, persuadé de débarquer sur une simple affaire d'incendie, va vite se faire "virer de partout" lorsque le cadavre d'un notable, Goulven Penhors, un courtier maritime plutôt prospère, est découvert dans les décombres. Viré tout d'abord par la police, ensuite par son directeur qui lui demande de laisser tomber : "la police fera son travail". Directeur qui lui a dit naguère : "on ne (vous) rémunère pas pour (votre) perspicacité mais pour (votre) persévérance".

C'est pourquoi, Novy Dardoup, "âne bâté, et buté", va vouloir en savoir plus malgré les menaces et les tabassages.

Un ciel gris et bas de plafond ? On dirait un résumé de ma vie, songea Novy. (page 128)


J'avais bien aimé Black Poher, le premier roman d'Yvon Coquil. Je ne devais pas être le seul. Black Poher a, en effet, obtenu le Prix du Goéland Masqué 2008. Et qui donc a remis son prix à Yvon Coquil, lors du festival de Penmarc'h ? Jean-François Coatmeur himself !


Yvon Coquil n'en est pas encore revenu !...

J'ai beaucoup aimé DOCKS, ce deuxième opus, et cela pour différentes raisons :

L'INTRIGUE : Une intrigue solide dans l'ensemble. "C'est une histoire, avec un début et une fin, pas le style pour le style. Je suis plus un conteur qu'un écrivain. Dans DOCKS, sur fond de grève d'ouvriers de "La Navale", c'est un inspecteur d'assurances qui traîne ses doutes, ses fêlures et une énigmatique valise" (LE TELEGRAMME. Samedi 14 novembre 2009. Hervé QUEILLE)

LES PERSONNAGES :
Jules LE GALL, le prédateur, le flic ripou.
Yann GAONAC'H, le chef d'équipe docker, proche de la retraite.
M. CHAPOT, le directeur de la SAM, qui, en mémoire de son fils Pierre, protège quelque peu Novy DARDOUP.
Pierre CHAPOT (un personnage important !), mort à 25 ans, au cours d'un braquage à Barcelone, qui a laissé à Novy, son meilleur ami, déboussolé, une valise métallique que ce dernier, vingt ans plus tard, n'a toujours pas ouverte.
A chaque moment important de sa vie, Novy Dardoup ne manque de rendre visite à son ami, au cimetière.
MATHIEU, le patron du bar Le Maltais, roi de la débrouille, des combines et trafics en tout genre ("C'est tombé du camion"), fournisseur exclusif des véhicules et des costumes de son protégé, Novy Dardoup. Mais aussi MATHIEU, l'homme bon et généreux, qui efface les ardoises des chômeurs.
Novy Dardoup, le personnage central, anti-héros solitaire qui "traîne son désespoir sur les quais, buvant plus que de raison"

"Ce qui m'intéresse dans le roman noir, ce sont des personnages abîmés par la vie avec leurs angoisses. Pas des héros." (LE TELEGRAMME)


Comment ne pas trouver attachant ce personnage meurtri, blessé, ce Sam SPADE du Ponant qui va retrouver une certaine fierté en menant une enquête périlleuse ?

"J'aime bien aussi l'idée de rédemption" (LE TELEGRAMME)

Et puis quelqu'un qui a dans son studio minable une photo de Geronimo à cheval, quelqu'un qui entretient l'aquarium de ses deux voisins, incarcérés pour six mois, et qui, une fois par semaine leur fait parvenir une photo de leurs poissons ne peut pas être mauvais !...

BREST : En fait, Brest est "le personnage central de ce roman" et plus particulièrement le port de Co, où se déroule principalement l'intrigue. Brest que l'auteur connaît bien, qu'il dépeint avec authenticité et beaucoup de tendresse.

"DOCKS, une ode magnifique à Brest l'ouvrière" (LE TELEGRAMME) est "un polar sombre et sensible," un très bon roman noir.

A lire absolument, "GAST HA GAST !"

P.S. :

1- Pas évident de rédiger une chronique sur DOCKS, après avoir lu l'excellent article de Hervé QUEILLE (LE TELEGRAMME. Samedi 14 novembre 2009)

2- Les deux rencontres avec Yvon Coquil (Lamballe, Noir sur la ville. Et Kerhuon, salon du livre), véritable "passionné de culture polar," ont été un véritable plaisir.

Roque Le Gall

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