Aux malheurs des dames

Lalie WALKER

Parigramme, 2009
271 pages, 15 euros



En plein coeur de Paris, le marché St Pierre. La nervosité puis l'angoisse gagnent progressivement acheteurs et vendeurs : deux vendeuses de la grande boutique de tissus au mètre des frères Michel ont disparu. Des poupées en chiffons sont clouées sur les portes et d'étranges odeurs d'incendie se dégagent du marché sans que l'on puisse en trouver le foyer ! Rebecca Levasseur, sociologue et vendeuse, va prendre en main une enquête dans laquelle la police piétine.

Pastichant le titre du livre d'Emile Zola, publié en 1883 et 11ème volume des Rougon-Macquart, Lalie Walker nous entraîne dans un bon polar. Il y a d'abord un cadre, le marché St Pierre, "Royaume du coupon à bas prix" et qui affiche glorieusement 60 ans d'existence, 50 000 références ou encore 2 500 m² de surface d'exposition ! A sa tête, deux frères au caractère totalement opposé : Michel, le patron consciencieux et Jérôme, le joueur de poker flambeur. L'occasion de pénétrer un deuxième milieu, celui des joueurs dont la mise dépasse les 20 000 euros !

Le bouquin est construit en chassé croisé entre le kidnappeur, dont on comprend très progressivement la folie machiavélique, ses victimes et tout particulièrement Violette que la captivité plonge en pleine réflexion sur elle même - serait pas psychotérapeute par hasard la Lalie ?- et le marché où l'angoisse monte.

Le suspense est attrayant, alimenté par les questions qui assaillent le lecteur : que veut le kidnappeur, pourquoi avoir kidnappé deux vendeuses, pourquoi cherche-t-il à faire maigrir Violette ou à créer de véritables mises en scène faisant intervenir ses prisonnières ? L'intérêt est stimulé par des petites phrases placées en fin de paragraphe : "avec le sentiment que Perez voulait la tenir à distance" ou encore "quand lui vint à l'esprit que personne n'avait vu Léon Wirtz depuis plusieurs jours". L'identité du kidnappeur n'est pas révélée rapidement, mais la question devient obsédante grâce à des remarques telles que "quand je pense qu'on a côtoyé ce salaud pendant des années sans même s'en douter". Enfin, dernier élément qui capte le lecteur pour ne plus le lâcher, le passé des frères Michel est plus que trouble...

J'ai eu du mal à lâcher ce livre qui m'a tenu compagnie lors d'un retour Paris-Brest en TGV. Les brestois savent que ces 4h30 dédiées à la SNCF sont parfois bien longues. Grâce à Lalie Walker, elles sont passées super vite !

Marc Suquet

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