Mat

Ronan BENNETT

Sonatine, 2009
298 pages. 22 euros



L'honorable Otto Spethmann est un psychanalyste respecté par ses pairs et confortablement installé dans la bonne société pétersbourgeoise en cette année trouble de 1914. Un de ses meilleurs amis, le grand virtuose du violon Reuven Kopelzon, lui amène un jour un des plus grands joueurs d'échecs du monde, Avrom Chilowicz Rozental. Homme étrange et très perturbé, il a besoin de toutes les ressources de cet art encore neuf qu'est la psychanalyse afin de se mettre en condition pour disputer le tournoi mondial qui va bientôt avoir lieu, sous l'égide du tsar lui-même (excusez du peu). Le médecin acceptera de traiter le génie halluciné sans savoir qu'il met là le doigt dans un engrenage fatal, qui le conduira au coeur d'un complot complexe où se mêlent services secrets, terroristes, policiers à double casquette, l'amour et la passion, jusqu'à la propre fille d' Otto. Son enquête malgré lui le conduira même à se plonger dans les affres du passé obscur de la somptueuse Anna Petrovna Ziatdinov et de son père, la "montagne", personnage influent jusqu'à la Douma.

Le résumé vous paraît un peu obscur, Rassurez-vous, il n'y a a pas une once d'amélioration à la lecture de l'ouvrage. Et pourtant on part plutôt bien, avec pendant les cinquante premières pages un authentique parfum de littérature russe. L'ombre des plus grands plane un instant sur les articulations stylistiques et morales du récit, à commencer par celle du grand Fédor Mickaïlovitch Dostoïevski de Crime et châtiment. Et puis le maître s'éloigne bien vite et la belle ordonnance du roman se fond bientôt en une espèce de fatras où on perd de vue la ligne principale pour s'égailler dans un certain nombre de directions plus ou moins captivantes. Citons l'apothéose des couchailleries du docteur avec sa belle mondaine, summum d'érotisme plat, gratuit et incongru aux deux-tiers du récit (page 154 pour ceux que ça intéresse), ajout qui laisse perplexe tant la montée du désir chez le veuf guindé était passée inaperçue jusque là. Le reste des péripéties qui arrivent au bon Spethmann, les différents protagonistes du récit et leurs apparitions et disparitions fortuites laissent un goût de trop ou de pas assez, c'est selon. Et pour couronner le tout, notre héros n'étant pas d'une vivacité intellectuelle hors du commun, on se lasse assez rapidement du temps qu'il met à comprendre ce qui lui arrive et où réside son intérêt. Enfin bon, rassurez-vous, on n'est pas non plus chez Umberto Ecco et on finit le livre en ayant à peu près compris de quoi il était question, mais on tourne la dernière page sans regret, avec même un petit sourire condescendant (on ne se refait pas). Quoi ? Tout ça pour ça ? Ben ça ne valait pas vraiment le coup d'en faire un fromage...

Marion Godefroid-Richert

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