Deux cierges pour le diable

Laura GALLEGO GARCIA

Baam !, 2009
443 pages. 15 euros



Caterina a seize ans et toujours connu une vie bohême. A la suite de son père, parcourant l'Europe et même au-delà, elle sillonne les routes et s'arrête au hasard des rencontres avec gens ou lieux attirants. L'histoire pourrait être banale. Mais (il est de taille ce mais) un petit détail change magistralement la donne : le père de Cat est un ange. Un vrai. Avec l'épée pour tuer les démons et l'infinie tendresse pour la création divine en sus. De ceci découle un rapport aux êtres et aux choses un peu particulier pour l'adolescente, qui ne jure par exemple que par le livre d'Hénoch là où d'autres au même âge se pâment pour Twilight (le livre d'Hénoch, ze référence des écrits apocryphes sur les anges). Pas très favorable pour lier amitié avec le commun des mortels, cet amour pour la question théologique l'isole suffisamment pour la placer en difficulté le jour où son père est assassiné. Et lui donne certaines armes pour lutter contre ses ennemis. Car il lui apparaît assez rapidement qu'elle est également dans la ligne de mire de ... mais de qui finalement ? Car son camp n'est pas aussi évident que la logique pourrait le laisser croire...

Le postulat le plus intéressant du livre réside dans la nature des anges et des démons qui peuplent ses pages. Les uns sont des défenseurs ardents de la création, les autres sont de fervents suppôts du chaos et de la destruction, c'est jusque là très classique. Mais leur intérêt n'est pas tant là que dans leur longévité surnaturelle qui leur confère un handicap non négligeable (dû aux limites de la capacité de leur mémoire). Les uns comme les autres sont incapables de se souvenir de leurs débuts, de leur apparition sur Terre. Et donc incapables d'attester de l'existence de Dieu. Lucifer par contre existe de manière indiscutable. Il est toujours à la tête du CA des enfers, ce dernier ayant été quant à lui soumis à des remaniements constants au cours des siècles dûs à la manie du complotage des différents princes des ténèbres. Les archanges ont eux aussi quelques difficultés existentielles. Rendez-vous page 323 pour savoir par exemple ce qu'il est advenu de Métatron, le héraut du Tout-Puissant. On saluera le style de l'auteur, très fluide, qui rend la lecture agréable et rapide. On aime aussi l'originalité du destin de l'héroïne du roman, que son statut n'empêche nullement de subir nombre de mésaventures, dont certaines seront définitives (mais je n'en dis pas plus). Quelques unes des théories prêtent à sourire, d'autres à pleurer. De la belle ouvrage reposante et ludique. Un bon opus de détente.

Marion Godefroid-Richert

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