Notre mère la guerre

KRIS, MAEL

Futuropolis, 2009
63 pages. 15 euros



En 1915 en Champagne, trois femmes, une serveuse de bar, une journaliste canadienne et une infirmière de la Croix rouge, sont retrouvées assassinées près du front. Sur chacune, une lettre. Le lieutenant Roland Vialatte est chargé de mener cette enquête.

Le titre de ce nouvel album de Kris et Maël rappelle celui d'Ernst Jünger "La guerre notre mère", écrit en 1922.

L'album est plein de contrastes : d'abord celui de l'enquête menée pour retrouver l'assassin de trois femmes tandis que des milliers d'hommes meurent tout autour au cours de mises à mort légalisées. Mais aussi, contraste des caractères : le lieutenant Vialatte possède une vraie culture humaniste : il évoque Hugo et Péguy. La rencontre avec le capitaine Janvier est celle de deux lettrés, perdus sur le front et qui retrouvent dans une bibliothèque, un îlot de paix et d'esprit, loin de l'horreur des tranchées. Mais l'humanisme posé de Vialatte va être brutalement confronté à la réalité des tranchées, passant ainsi d'une guerre romantique à la réalité boueuse du combat. Il y rencontrera Peyrac, un caporal socialiste, outré par la réquisition de jeunes de 15 ans à qui on a promis une remise de peine contre "un bon bol d'air dans les tranchées". Une vraie rencontre de caractères. Le style des paroles est parfaitement respecté : de posé et sophistiqué pour l'humaniste à direct et pugnace pour le caporal.

Bien sur, en lisant Notre mère la guerre on pense à Tardi et son C'était la guerre des tranchées, cité par Kris comme un travail exceptionnel, mais laissant de coté la force des combattants face à la guerre. Le sujet a été fréquemment traité de diverses façons : outre Tardi, on pense également à Kubrick avec les Sentiers de la gloire ou à Capitaine Conan de Tavernier. L'approche originale de ce nouvel album est d'entrer dans la guerre par la petite porte, celle d'une enquête policière.

Le dessin de Maël est bon : non seulement pour les expressions du visage mais aussi pour les couleurs utilisées qui sentent l'hiver et la dureté du paysage.

L'album est prenant tout autant par son histoire, celle d'une brutale confrontation avec la guerre et sa réalité, que par son illustration.

Marc Suquet

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