Océano Police

Thierry DAUBREGE

Coop Breizh, 2009
LEO TANGUY T6
192 pages. 8 euros



Delcourt, un patron local de PME de transport, se fait assassiner, en possession de 150 g de coke dans la poche. Un fait divers qui ne laisse pas de marbre le grand détective Léo Tanguy. Léo est entraîné dans le monde de la drogue, version brestoise.

Voici la sixième des huit affaires de Léo Tanguy, publiées par Coop Breizh dans la collection "Les enquêtes de Léo Tanguy" et dirigée par Gérard Alle. Elle nous entraîne dans des milieux très divers : des gothiques, aux geeks, des hakers aux dealers... , le tout à la sauce brestoise. Les "essentiels" de Brest sont rassemblés dans cette nouvelle enquête : la fanfare Zébalises, les jeudis du port, la place Guérin et ses bistrots, Kerfautras, la brasserie St Martin : lecteur, si tu n'as jamais été happé par la fabuleuse odeur qui monte des "billigs", le roman de T.C. Daubrège va t'apprendre bien des choses savoureuses sur no't Brest, quoa ! Pas de doute, l'auteur connaît la ville, évoquant même les Fauvettes et ses consommateurs tout juste adultes ou encore les Mouettes et ses toilettes équipées d'un dégueuloir !

Le polar est bien écrit et ponctué de remarques savoureuses : ainsi, en décrivant l'art de Back, la copine crépière de Léo : elle avait "une parfaite maîtrise de la beurre sucre et de son avatar prépubère, la beurre nutella". Un coup à fâcher les accros dudit genre culinaire ! On rit à l'imagination de l'auteur quand il explique la technique à utiliser pour déjouer une caméra de surveillance :
"mettre une nana bien roulée et pas trop habillée devant l'objectif : çà attire l'attention de ceux qui regardent les bandes et leur évitent de prendre les voleurs en flag" !

Pas de complaisance dans le regard de l'auteur sur sa ville et notamment quand il décrit le "quadrillage militaire du centre et l'aspect stalinien de la mairie", mais aussi la vente d'herbes exotiques en plein centre ville. Qui connaît Brest, sait que l'on a fait fort, ici, question architecture. Le rectiligne efficace, un goût que l'on explique par les reconstructions d'après guerre, mais que l'on comprend beaucoup moins bien lorsqu'il s'agit d'une place centrale, rénovée puis inaugurée en 1996, sans que l'ombre d'une architecture stalinienne n'ait été le moins du monde modifiée. Dommage ! Voilà une place qui aurait mérité des terrasses de café et une ambiance sympa. Le béton et les glaces sibériennes des boutiques ont si bien su rendre le coeur de Brest charmant et accueillant ! Fort heureusement, l'attrait de Brest est bien loin du clinquant. Thierry Daubrège sait en rendre son coté attachant grâce aux personnages qui donnent sa couleur à notre ville. Des hackers Brestois aux membres de Vivre la Rue, association dont l'objectif est de préserver et dynamiser l'authentique Rue St Malo, nul doute que la richesse de Brest tient dans ses personnages : Bart, la crêpière ch'ti est pleinement digne d'y habiter, inventant des journées de l'orgasme participatif, de la fessée, de la lenteur ou encore de l'allaitement.

Voilà, j'ai bien aimé le roman de Thierry Daubrège, grâce à une enquête qui se tient, des persos attachants, une connaissance du Brest que j'aime qui touchera le connaisseur mais encore des remarques sociologiques et politiques intéressantes, ponctuant le récit. Thierry Daubrège s'est fait connaître en publiant en 2003 le recueil de nouvelles "Paris-Brest". Comme il le dit lui même avec humour sur son site : "6 ans entre deux bouquins, à ce rythme là je ne risque pas l'overdose".
Allez, au boulot Thierry, on aime bien ce que tu fais !

Enfin, pour moi qui n'aime pas garer sagement ma Berlingo entre les lignes d'un parking, j'en ai trouvé ici la raison profonde : le respect de l'axe du champ magnétique. Blindé par une telle évidence, libre à moi aujourd'hui de satisfaire mon aversion pour de vulgaires bandes qui ne font rien qu'à restreindre une débordante créativité dans le créneau des véhicules automobiles.

On découvrira ici les autres enquêtes de la collection.

Marc Suquet

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