Poussière tu seras

Sam MILLAR

Fayard, 2009
302 pages. 18 euros



Le jeune Adrian CALVERT aurait dû être à l'école, ce matin d'hiver, "mais il avait pris son vendredi - sans autorisation". A sa décharge, il faut dire que Jack, son père, ne s'intéresse pas beaucoup à lui, ces derniers temps. Depuis presque un an, en fait. Depuis que Linda, son épouse, a été tuée par un chauffard. Jack, "l'inspecteur le plus décoré de l'histoire de la police de la ville", celui que ses collègues appelaient "le flic des flics", poussé à la retraite par sa hiérarchie, consacre à présent la plupart de son temps à la peinture et à l'alcool et néglige son adolescent de fils, traumatisé par la mort de sa mère. Ce vendredi matin là donc, Adrian CALVERT va faire une horrible découverte, à moins d'un mile de chez lui, à Barton's Forest, dans les environs de Belfast. Une horrible découverte qui va faire basculer son existence - et pas seulement la sienne ! - Un corbeau mutilé dont il va garder une plume, et un objet dépassant du sol : un doigt sale qui semble lui faire signe.

"La vérité est rarement pure, et jamais simple."
(Oscar Wilde, L'importance d'être constant) page 218

Sam MILLAR, un nouveau venu - du moins en France - ne devrait pas tarder à figurer au niveau des meilleurs sur la scène noire. Ce lauréat de plusieurs prix littéraires anglo-saxons, cet auteur irlandais reconnu par la critique, a passé "le plus clair de (sa) vie en prison à cause de (ses) convictions politiques". Et çà se sent que Sam MILLAR est un homme de conviction !

Tout d'abord, son style. Direct, sans fioritures, implacable, brutal comme le sujet traité, et malgré tout non dénué d'une certaine poésie.

Le sujet. L'auteur nous replonge dans le passé noir de l'Ulster. Son roman est basé sur une histoire vraie. Le scandale Kincora : "Dans les années 80, le démantèlement d'un réseau pédophile irlandais a défrayé la chronique". (Sam MILLAR)

Mais attention, Poussière tu seras n'est pas un documentaire : "J'ai choisi de traiter cette histoire du point de vue romanesque pour donner la parole aux victimes". (Sam MILLAR)

Dans ce roman noir, très noir, évoluent des personnages que le lecteur n'est pas prêt d'oublier. "Ma préférence" va sans conteste aux deux barbiers du village, Joe et Jemeriah, un bien "étrange couple". Et surtout à Judith, la jeune épouse mystérieuse et inquiétante de Jeremiah, Judith qui ne cesse de "chasser le dragon".

Je ne saurais que recommander vivement la lecture de ce superbe roman noir, poétique mais aussi très dur et très dérangeant. Une seule restriction cependant, ou plutôt un conseil : âmes sensibles, s'abstenir !

Roque Le Gall

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