Gagner la guerre

Jean-Philippe JAWORSKI

Moutons Electriques, 2009
684 pages. 27 euros



Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu de fantasy, un peu marre des mêmes intrigues cent fois remâchées, des héros malgré eux partis pour sauver le monde seuls contre tous, bref, de tous les stéréotypes du genre.
Et voilà que me tombe dans les mains ce pavé (presque 700 pages) dont la jolie couverture et le titre aguicheur me font de l'oeil. J'essaie de résister, lecteur échaudé craint les navets et puis bast, le précédent opus de l'auteur (Janua Vera) était quand même bien bon, tentons l'aventure !

C'est superbement écrit, peut-être même trop bien écrit car le narrateur et héros de l'histoire est un assassin qui a plus fréquenté les bas-fonds de sa cité que ses cercles littéraires et ses descriptions sont parfois un peu trop poétiques pour coller au personnage mais ne boudons pas notre plaisir, le style est magnifique et incite le lecteur à s'immerger complètement dans le récit.

Benvenuto Gesufal, assassin affilié à la guilde des chuchoteurs et spadassin au service de Leonide Ducatore, premier magistrat de la république de Ciudalia nous raconte par le menu la guerre entre la république et Ressine (royaume arabisant de l'autre côté de la mer). Et bien plus que la guerre, il nous conte les tractations secrètes, les complots et les trahisons, les alliances de circonstance, les intrigues de palais, la richesse et les man?uvres politiciennes, la corruption et la misère, bref, la vie politique d'une grande cité assez vieille et riche pour que les protagonistes soient nombreux et tous plus machiavéliques les uns que les autres.
Et ce n'est pas par hasard si j'emploie le terme machiavélisme, on se croirait dans une chronique florentine médiévale n'étaient les quelques sorciers qui interviennent dans l'histoire et le bref aperçu de races fantastiques comme les nains et les elfes.

C'est un livre assez prenant pour que l'on ait du mal à le poser mais trop dense pour qu'on puisse le lire d'une traite. Un grand cru qui mérite d'être siroté par petites doses même si les cent dernières pages sont haletantes à l'instar des meilleurs thrillers et se laissent difficilement lâcher.

Benoit Furet

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