Cartoon

Marshall KARP

Cherche-Midi, 2009
545 pages. 23 euros



Ya pas, comme dirait Isabelle Nanty tout droit sortie de son bureau de tabac dans Amélie Poulain. On a beau chercher, aucune ressemblance ni proche ni lointaine avec le style du petit crapeau juif new-yorkais le plus acidement drôle de sa génération pour ce livre au synopsis aguicheur. On peut d'ailleurs féliciter Gaëlle de l'avoir rendu si attrayant dans sa chronique précédente (ouh la vilaine!).
Un peu intrigué tout de même par cette condamnation définitive d'un obscur scénariste hollywoodien qui caresse pour la première fois la plume divine de l'écrivain de polar, on peut se saisir de l'ouvrage en cachette et le déloger de sous le bahut breton où il avait trouvé une place méritée de cale remédiant aux ravages du temps et des insectes xylophages.
Passées les quelques premières pages où le décor de déliquescence sentimentale du principal inspecteur est planté, on se laisse happer par le rythme d'un récit qui pour n'être pas haletant se laisse néanmoins agréablement suivre. Certes l'humour ne plane pas dans des hauteurs vertigineuses de subtilité, et la vision très romantique de l'amour de Lomax pour sa tendre dulcinée disparue et celle qui va lui succéder est un rien bisounoursique tendance cosmo-tellurique molleton (merci Claire Brétecher; si vous n'avez pas encore lu le dernier Agrippine qui vient de sortir ce serait sage de réparer l'oubli). Et les péripéties de l'enquête sont vaguement attendues, et on n'est pas pris par des palpitations d'expectative à chaque détour de page. Mais bon, il faut bien passer le temps, et si le corps n'exulte pas toujours il nous faut bien du talent pour être vieux sans être adulte .
Or ce petit polar qui s'étire sur un peu plus de cinq-cent quarante pages permet de se reposer la tête assez agréablement, grâce notamment à la dynamique familiale de l'inspecteur Lomax. Le manque de démonstrativité patriotique de l'auteur est plaisant, qui sait nous éviter la vogue hollywoodienne très politiquement correcte du petit doigt sur la couture du pantalon et de la main à la visière de la casquette pour déclamer avec des trémolos dans la voix toute la grandeur de l'Amérique. Donc en fait il y a bien arnaque éditoriale, ce n'est pas demain la veille qu'on nous remplacera Woody. Par contre un petit moment de littérature estivale vous attend si vous vous risquez sur l'ouvrage. Distrayant. Ce n'est déjà pas si mal.

Marion Godefroid-Richert

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