Le groom vert de gris

Olivier SCHWARTZ, YANN

Dupuis, 2009
63 pages. 13 euros



Décidement Dupuis a été bien inspiré de débuter cette collection dédiée à son héros le plus emblématique. Chacun des auteurs qui se penche sur Spirou et son irrésistible comparse semble trouver une façon différente de lui rendre hommage tout en renouvelant le mythe du groom le plus célèbre du neuvième art. Comme pour le précédent opus (Le journal d'un ingénu), Spirou est au début de sa vie de héros intrépide et n'est pas encore affublé de façon permanente de ce grand escogriffe gaffeur qu'est Fantasio.
Le tour de force des deux auteurs est d'un côté d'avoir développé de manière très ludique de multiples références au fil des cases et des bulles. Le petit jeu cité par l'ami Marc dans la précédente chronique a du grain à moudre ! Il y a même des apparitions fugaces ça et là de personnages phares des aventures de Spirou (Zorglub, oui oui ! Entre autres).
Et on est assez charmé et réjoui par de multiples interventions dans les dialogues et cases d'interjections belges plus vraies que nature et de curiosités très locales. Pas de fricadelle sous l'occupation teutonne, mais des caricoles (intrigant) !
De l'autre côté les auteurs ont brouillé les cartes du code du héros à toque. De quel côté le bien, le mal ? La résistance, l'héroïsme, la collaboration affaires de moment et de disposition, bien sûr ! Mais c'est tout le talent des auteurs d'avoir réussi à mettre en parallèle le cheminement de Spirou et celui de Fantasio, qui tous les deux à certains endroits précis du récit avec une volonté pourtant affirmée de résistance à l'envahisseur acceptent un certain degré de compromission avec celui-ci. C'est assez symboliquement mis en lumière par le cas Poildur, ennemi historique de Spirou, qui au début semble n'être là que pour son rôle habituel de marlou à la petite semaine. Puis on voit rapidement que le voyou musclé met un point d'honneur à garder pour lui des informations précieuses sur la résistance et se laisse torturer sans vergogne par un affreux colonel SS. Son désespoir d'avoir fini par parler est touchant, surtout qu'il vient se manifester en contrepoint d'une discussion plus ou moins oiseuse de résistants autosatisfaits sur la collaboration ou non d'Hergé avec l'occupant de la patrie belge par la publication des aventures de Tintin. Non pas que cette denière question soit inintéressante, bien au contraire !
Cet album nécessite à bien des égards plusieurs lectures pour en saisir les multiples niveaux interprétatifs, ce qui n'est pas toujours le cas, avouons-le. Une belle performance et encore une fois, un jour nouveau très bien venu jeté sur un héros phare de la bande-dessinée. Mazette !

Marion Godefroid-Richert

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