La science du disque-monde II: Le globe

Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2009
493 pages. 19 euros



Il faut le savoir : notre monde est sorti tout droit de l'imagination débridée des mages de l'université de l'invisible. Ils se sont demandés un jour ce qui se passerait si la terre n'était pas plate mais toute ronde, comme une boule. Oh ! Et puis aussi ce serait rigolo si la magie n'existait pas et que les choses arrivaient à cause de lois physiques précises, pas parce que les dieux jouent aux dés sur Cori Celesti. Et hop ! Le globe-monde était né. Et nous avec. Mais voilà que les nobliaux ont découvert cette fascinante expérience et décidé que cette planète était parfaite pour eux. Foi de Mustrum Ridculle, archichancelier en titre de L'UI, en exil avec sa troupe sur le globe qui n'est pas porté par quatre éléphants sur le dos d'une tortue géante, ça ne se passera pas comme ça. S'ensuivent un certain nombre de péripéties pour contrer les elfes. Ca, c'est pour la partie rédigée par le grand Pratchett. L'intervention des deux autres comparses, c'est pour saisir au cours des allées et venues des mages dans l'Histoire et l'histoire humaines des perches tendues ça et là et clarifier quelques grands et petits principes scientifiques et autres découvertes. Donc tout le livre est une alternance de passages de l'histoire pratchettienne et de chapitres entiers consacrés à, au choix, les théories de l'évolution, la génétique, la paléontologie et autres joyeusetés.

De la difficulté de faire de la vulgarisation scientifique brillante ou au moins habile, voilà quel aurait pu être un autre titre pour cet ouvrage. N'ayant pas lu le premier tome de cette science du disque-monde, je me suis risquée à attraper la chose sans filet. La partie rédigée par le maître du fantasy burlesque est tout aussi réussie que d'habitude, réjouissante et foutraque. Le contraste avec les parties rédigées par les deux autres auteurs est du coup d'autant plus important. Au lieu, comme ça aurait pu être le cas, d'aviver la curiosité du lecteur intrigué par le principe, elle a plutôt tendance à s'éteindre sous le coup des fréquentes ruptures de rythme et c'est dommage. Ce n'est pourtant pas faute d'adorer l'écrivain anglais et d'éprouver un franc appétit pour les bizarreries que les grands esprits de ce monde mettent à jour à force de persévérance, mais voilà : ce mixage d'histoire du disque-monde et d'explicitation de phénomènes physiques abscons n'est pas réussi. Les deux parties du roman se desservent l'une l'autre au lieu de se mettre en valeur. Indépendamment des tribulations des mages, les passages scientifiques sont bien rédigés et pour certains captivants ; on ressort du livre édifié sur la fonction primitive de la trompe chez l'éléphant (certains savants pensent qu'il fut un animal amphibie à cause d'une particularité pulmonaire unique chez les mammifères et que donc sa trompe était une sorte de tuba...un peu dingue, non ?) par exemple. A lire donc, peut-être, mais uniquement avec des marque-pages qui dépassent de deux couleurs différentes : une couleur pour TP, une couleur pour les deux autres, suivant qu'on a envie d'une petite anecdote rinceventienne ou bien de quelques explications scientifiques sympathiques.

Marion Godefroid-Richert

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