Treize wish road

Sebastian BEAUMONT

Timée, 2009
363 pages. 16 euros



Ca ne va pas fort pour Stephen : il perd tout son argent, son emploi, son entreprise. C'est la crise. Quand Graham son ami d'enfance le retrouve, il est en plein dans le marasme d'une belle et authentique dépression nerveuse. Graham l'en fait sortir en lui faisant accepter le challenge de devenir pendant un an chauffeur de taxi de nuit. Au fil des rencontres, le jeune homme en mal de vivre reprend pied dans la réalité. Mais le surmenage et les horaires interlopes provoquent des distorsions étranges. Dans quelle dimension de la réalité Stephen se promène-t-il véritablement ? Valérie par exemple, jeune femme mourante qu'il conduit souvent du 13, wish road au health community center pour ses cours de relaxation, existe-t-elle vraiment ? Un jour l'homme-taxi s'aperçoit qu'il n'existe pas de numéro 13 à wish road... Le monde du treize est pourtant là, à sa porte. Où l'emmènera t-il ?

Voilà un roman qui parlera à tous ceux qui connaissent les horaires de veille forcée, pas pour les fêtes endiablées mais bien pour gagner sa croûte, pauvre forçat ! Les heures maudites entre deux et cinq heures du matin, où la torpeur vous prend de manière insidieuse, où vous n'êtes pas tout à fait endormi ni entièrement éveillé, où gens et choses se nimbent d'un halo rougeâtre. SB a su capter cette atmosphère propre à tous les veilleurs de nuit, de la santé, des transports, de la sécurité, sentinelles plus ou moins volontaires et témoins d'évènements plus ou moins fantasmés. L'écrivain pousse un peu plus loin l'expérience et imagine tout un monde parallèle qui guide et perd le chauffeur maudit dans les méandres d'une ville imaginaire et de son inconscient tourmenté. Son job devient alors une métaphore de quête spirituelle, conduisant sans fin des papillons de nuit jusqu'aux lumières blafardes qui luisent dans l 'obscurité comme de faux havres de sécurité, des pseudo-balises qui ne brillent que pour mieux brûler. C'est au tréfonds du plus noir que gisent vérité et rédemption ; le voile opaque dont nous recouvrons nos plus profonds traumatismes nous dissimule par là même la voie de la guérison. C'est assez habilement que l'auteur tisse la toile dans laquelle son personnage s'englue, on le suit avec intérêt jusqu'au dénouement, apaisement et espoir après un long tunnel de souffrance. Une belle réussite, un bon ouvrage. Un voyage à tenter.

Marion Godefroid-Richert

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