Le groom vert de gris

Olivier SCHWARTZ, YANN

Dupuis, 2009
63 pages. 13 euros



A Bruxelles en 1942, Spirou est groom au Moustic Hotel, QG de la Gestapo mais aussi plus secrètement résistant, transmettant des informations indispensables. Fantasio est journaliste au Soir, un quotidien un peu trop proche de l'occupant. Les deux amis vont se retrouver côte à côte, dans la lutte contre les nazis et le colonel Von Knochen qui souhaite terrasser la résistance belge.

Quoi ! Spirou serait engagé en politique ou encore aurait un coeur qui bat pour de féminines conquêtes ? Il est vrai que le lecteur a bénéficié d'une image variée du héros : créé en 1938 par Rob-Vel puis repris par Franquin, Fournier, Tome et Janry et enfin Morvan et Munuera, la série du "Petit Spirou" avait déjà largement écorné l'image d'Epinal de Spirou qui apparaissait provocateur et titillé par sa sexualité. On est donc ici bien loin du Spirou de mon enfance. Le groom vert de gris n'hésite pas à évoquer la torture, la collaboration ou encore la tonte des femmes lors de l'épuration pour "kollaboration horizontale". Fantasio, de son coté, exhibe des fins de mois difficiles ou sa motivation pour l'érotisme teuton.

Le scénario est réussi avec une vraie histoire, du rythme et du suspense. Il y a les bons et les méchants, des complots, de l'action, des traîtres et des héros. Rien à dire c'est du bon ! Mais aussi de l'amer tant certains des sujets abordés sont graves.

Les cases sont parsemées de références : à Hergé d'abord avec de nombreux personnages comme Quick et Flupke, Jo Zette et Jocko, mais on croise également Bill Ballantine éternel copain de Bob Morane ou encore Buck Danny. Un jeu amusant se développe sur le net : trouvez les héros de bd dans ce nouveau Spirou.

Les sujets "délicats" ne sont pas épargnés : ainsi la controverse sur le comportement d'Hergé durant la guerre, liée au travail du dessinateur au quotidien "Le soir", sous contrôle de l'occupant allemand.

Le dessin est classique sans trop de détails mais bon et bien coloré. Des scènes d'ensemble comme celle du marché (p.29) évoquent largement les albums d'Hergé.

Un bon album qui renouvelle l'image de Spirou.

Marc Suquet

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