Un été grec

André FORTIN

Jigal, 2009
272 pages. 16 euros



Alors qu'il s'apprête à partir en vacances en Grèce, un juge d'instruction se voit charger d'une affaire, "une petite affaire, tout au moins en apparence" : Yan Tessot, un jeune adolescent, a été retrouvé noyé dans les calanques. Rien ne va à l'encontre de la thèse de la noyade accidentelle mais le juge décide de ne pas classer l'affaire. Yan Tussot était un très bon nageur et, surtout, surtout, l'attitude de la famille le déconcerte : la famille Tussot n'est pas claire, pas claire du tout.
Le juge décide donc de mener l'instruction de Grèce, avec l'aide de l'inspecteur Justin, "un sacré flic de terrain", qui enquêtera pour lui à Marseille. Le juge qui se passionne de plus en plus pour la Grèce, surtout son histoire, ne peut savoir qu'une quarantaine d'années auparavant, un jeune étudiant grec, Apostolos Stepanopoulos, a vécu des moments heureux et dramatiques, non loin du lieu de villégiature où il séjourne avec son épouse et leurs deux enfants.

"Vous êtes, sauf votre respect, un peu comme ces animaux domestiques qui, devenus trop civilisés, ont en chemin perdu certains de leurs instincts. Ce n'est pas notre cas. Nous sommes encore sauvages, nous autres Grecs, et ressentons des choses qui vous échappent". (p 270)

Un juge d'instruction (il ne sera jamais nommé), quinquagénaire, "un type carré, rationnel", va voir son existence totalement bouleversée par une affaire lourde et douloureuse. Il va être amené à se poser des questions, pas nouvelles certes, mais qu'il ne s'était jamais posées avec tant d'acuité.

"Etre juge, ça voulait dire quoi ? Et même un juge, c'était quoi ?"

Il va perdre le feu sacré. Le bien ? Le mal ? Tout finit par se mélanger dans son esprit.

Quand on sait qu'André Fortin est lui-même juge, on peut considérer que l'on affaire à un expert. Alors ce roman est-il une catharsis ?
"Probablement une catharsis, mais inconsciente", répond l'auteur à Joël Jegouzo (K-libre 2009). "Ce qui m'importait, c'était avant tout l'histoire de la Grèce".

Fasciné par la Grèce, par la résistance grecque, André Fortin, à travers l'histoire émouvante d'Apostolos Stepanopoulos, rappelle à notre bon souvenir que le 12 avril 1967 des militaires prirent le pouvoir en Grèce et y établirent une dictature sanglante qui passa quelque peu inaperçue dans le reste du monde.

Une intrigue très écrite, très bien construite (deux histoires où se mêlent Histoire, Politique, Justice, Vengeance, menées en parallèle et qui vont finir par se télescoper), des personnages attachants, un récit bouleversant font de cet ouvrage un roman de qualité. De très grande qualité ! Une très agréable surprise !

Roque Le Gall

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