Le rêve de Miranda

Marianne ESCHBACH

L'Atalante, 2009
270 pages. 14 euros



Je ne reviendrai pas sur le synopsis délivré par la grande Annkat, chroniqueuse mauvais-genrienne émérite dont les auteurs jeunesse révèrent l'avis pointu et documenté. Le rêve de Miranda est avant tout celui de Martin, son frère aîné. Un peu imbu de sa petite personne et solitaire, désespéré de l'accident qui a plongé sa soeur dans le coma, ses aventures sont une quête initiatique sans véritable équivalent dans la littérature actuelle. On est loin de la mièvrerie de mise dès qu'il s'agit de s'adresser aux apprenants de l'école primaire, et le langage bien que riche et étendu reste très abordable même pour les enfants de moins de dix ans. L'auteur lorgne plus vers Nils Holgersson que vers les bisounours, en bref, et c'est tant mieux ! Selma Lagerlof elle-même n'aurait pas renié la filiation tant le livre de ME remplit avec brio les conditions de la charte Bettelheim du conte de fée : de mutiples niveaux d'interprétation, une identification qui coule de source à un héros bourré de petits défauts attachants, des compagnons de route complices mais pas sous-fifres, de la poésie et de l'aventure. Il est d'ailleurs réconfortant de ne retrouver aucune complaisance de l'écrivain par rapport à ses personnages (pas plus qu'à ses lecteurs) car tous ont de vrais caractères, et aucun ne cède à la facilité. Le pélican un peu égocentrique et râleur, les deux souris un peu prétentieuses, l'ours bourru pas très vif, etc. J'ai beaucoup aimé pour ma part la résolution par Martin du conflit des stalagmites et des stalactites, et beaucoup compati au malheur des arbres de la forêt errante. Je n'ai pas été gênée quant à moi par le foisonnement de rebondissements dans l'histoire de Martin et de ses compagnons dans leur recherche dans les territoires du grand rêve. Pour un premier essai dans le roman, c'est une belle réussite ! Merci madame Eschbach.

Marion Godefroid-Richert

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