Faux-semblants

Jeff ABBOTT

L.G.F., 2009
441 pages. 6 euros



C'est un fils prodigue d'un genre spécial qui revient dans sa petite ville natale texane : Pete est parti de chez lui après la disparition mystérieuse de son frère cadet Corey, dont il ne s'est jamais remis. Après maintes errances il est devenu pendant de nombreuses années une star du X, ce dont sa mère Lucinda, sénatrice, ne s'est pas vraiment vantée. Alors quand Pete revient au bercail avec trois volontés farouches (retracer l'histoire de son frère sous forme de film, abandonner la pornographie, récupérer la garde de son fils Sam âgé de quinze ans) en plein milieu de la campagne électorale, cela crée des remous. On a tôt fait de retrouver Pete et sa cervelle répandue hors de son crâne sur le bateau que lui prête un vieil "ami", pas très recommandable. L'honorable juge de paix Whit Mosley et l'inspectrice Claudia Salazar vont devoir se coltiner une enquête que bien des gens ont intérêt à ne pas voir aboutir, à commencer par le propre chef de la police locale, supérieur hiérarchique direct et mentor de Claudia. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ? D'autant plus que de mystérieuses disparitions de jeunes femmes viennent se greffer sur l'intrigue (vous avez un peu perdu le fil ? Rassurez-vous ça ne durera pas).

Je ne sais pas si vous avez remarqué, il fait très beau sur Brest en ce printemps 2009. On n'avait pas eu ça depuis un bail dans le coin ! Cette saison enchanteresse porte les germes de nombreuses siestes paresseuses, lové dans un hamac tentateur. Et à la fréquentation bienveillante de romans de plage, soit des livres à la teneur littéraire moyenne quoique plaisante. Faux-semblants est de ceux-là, qui bien qu'un quatrième de couverture dithyrambique porte aux nues le sens du rythme et de la péripétie de son auteur, tient plutôt la rampe poussive des intrigues de série B un peu rafraîchie mais ô combien invraisemblable. Le petit exotisme dépaysant du récit tient en peu de choses : l'enquêteur-juge du récit remplit son office après piston paternel et décès prématuré du détenteur officiel du poste, et n'a strictement aucune compétence en matière juridique ! C'est le seul petit détail non transposable ailleurs en Europe. Parce que sinon c'aurait pu être rigolo : on remplace les noms des protagonistes et des lieux par des idiosyncrasies locales et on voit ce que ça donne : "C'est un fils prodigue un peu spécial qui revient au Pouldreuzic : Erwann est parti de chez lui après la disparition mystérieuse de Allan son frère, pendant que sa mère Soizic..." mais je m'arrête là. Vous avez certainement envie de savoir si le rythme haletant, la finesse de l'analyse psychologique, les rebondissements alertes vous tiendront en haleine toute la durée des quelques quatre cent pages du récit. Ce n'est pas dit. Ma foi tout cela est un peu mou du genou, on a beau avoir son content de fil à tricoter ou à dénouer (au choix), le sens assez paresseux du suspense vu par l'auteur ne compense pas une certaine pauvreté d'imagination qui aboutit finalement à un livre parfaitement oubliable, sans originalité, pas mauvais mais si quelconque. Très bien pour être oublié dans un tiroir à la fin des vacances sans ressentir de pincement au coeur au déballage de la valise. A garder pour cet été à lire d'un oeil. Quelques personnages portent les germes de développements ultérieurs intéressants cela dit, le copain Gooch de Whit Mosley pourrait devenir un guide tutélaire audacieux pour ce jeune homme un peu immature. Qui sait, le couple Mosley-Salazar est récurrent à ce qu'il paraît, peut-être devient-il plus stimulant par la suite. A voir dans une prochaine parution.

Marion Godefroid-Richert

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