Agrippine Déconfite

Claire BRETECHER

Dargaud, 2009
13 euros



Cela fait bien longtemps maintenant que les déboires d'Agrippine enchantent la planète BD. Cette incroyable adolescente de notre temps traverse depuis plus de vingt ans les mutations de la société française avec un égocentrisme réjouissant et résistant, prétexte pour sa créatrice à la maltraitance tous azimuts et aux péripéties loufoques. CB n'aime pas beaucoup les héroïnes irréprochables. Toutes les femmes qui peuplent son oeuvre sont physiquement ordinaires, pas au top sur le plan de l'intelligence et de la sensibilité. Agrippine comme les autres, ce qui n'empêche pas l'auteur de la traiter avec indulgence (parfois) et affection (toujours). On ne reviendra pas sur l'argument principal de ce huitième tome, la mort de la grand-mère. On se contentera de pointer les coups de griffes de notre Claire nationale sur le monde de la télévision, l'usure du couple, la boboïtude, la famille, etc (il y en a plein). La langue brétéchérienne est comme d'habitude un régal de toutes les lignes, les prénoms de ses personnages sont de plus en plus fleuris si c'est possible (Andante Cohn Motto, inspirant non ? En ces temps mièvres de Lilou et autres Timéo...). Vous l'aurez deviné, ce n'est pas chez moi que vous trouverez dédain ou négligence pour l'ado attardée la plus attachante de la BD française, je dis comme d'habitude chapeau bas devant la grande dame de Monmartre, à qui je dois de considérer saint Thérèse d'Avila comme l'idole la plus rock après Nina Hagen.

Marion Godefroid-Richert

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