Cauchemar américain

Ken BRUEN

Gallimard, 2009
307 pages. 20 euros



"Le mantra de Siobhan, c'était l'argent. Si t'as du fric, tu t'en sors."
(page 43)

Stephen, irlandais de Galway, débarque à New York. Ce n'est pas son premier séjour en Amérique, mais, cette fois-ci, il compte bien y rester définitivement. Il y a dix jours, il a commis un braquage dans sa ville natale. Tommy, son meilleur ami, a péri dans le hold-up. Quant à l'instigateur du coup, Stapleton, tueur de l'IRA, "un type qui apporte le désastre", il a roulé au bas d'une crevasse.
Stephen a récupéré tout l'argent du casse et Siobhan, sa petite amie qui travaille dans une banque d'affaires, se charge de blanchir le butin. Leur plan est de se retrouver à Tucson. Stephen y attendra Siobhan qui le rejoindra dès qu'elle aura fait transférer l'argent sale dans l'Arizona. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et l'affaire va vite tourner au cauchemar.

Un cauchemar américain !

Ken Bruen, pour ceux qui l'ignoreraient encore, est l'auteur de la série des Jack Taylor, le privé atypique irlandais, et celui de la série des R&B, les deux flics ripoux du sud de Londres, ce qui ne l'empêche pas d'écrire, de temps à autre, un "standalone" (un roman "autonome"), comme on dit du côté de sa bonne ville natale de Galway.
Cauchemar américain fait donc partie de ces standalones et le fan inconditionnel de Ken Bruen que je suis estime que ce n'est pas son meilleur même si ce roman noir reste de grande qualité.
Tout d'abord, l'intrigue - qui se déroule pour la plus grande part aux Etats-Unis - m'a semblé quelque peu tortueuse et parfois alambiquée. Des individus dont l'existence semblait sans le moindre lien vont finalement finir par se rencontrer. Leurs vies vont se télescoper et les dégâts seront terribles. Il faut dire que la plupart de ces individus (sinon tous) sont des êtres singuliers, au lourd passé, totalement déjantés (déjanté est l'adjectif qui me vient le plus souvent à l'esprit quand il s'agit de parler de Ken Bruen).
Stephen, le personnage central est, lui, quelqu'un de "convenable", de relativement intelligent. Faible, velléitaire, il est dépassé par les évènements, malgré "une certaine bonne volonté".
Que dire alors de Sherry, "beauté fatale mais venimeuse" ?
De Juan, tueur drogué et sadique ?
De Stapleton, le paramilitaire, "incarnation de l'enfer" ?
Et surtout de Dade, "le Grand Squale Blanc de la malveillance urbaine", le psychopathe imprévisible, fan de la chanteuse Tammy Wynette ?

J'ai bien aimé le récit de la belle amitié entre Stephen et Tommy, son ami de toujours.
J'ai été sensible à l'évocation du conflit nord-irlandais, à celle de la fascination des Irlandais pour l'Amérique, pour le rêve américain.
Comme dans tous les ouvrages de Ken Bruen, les habitués retrouveront avec plaisir sa prose minimale mais ô combien efficace, ses nombreuses références à la culture pop, cet humour corrosif, ce mélange de férocité et de tendresse qui constituent sa marque de fabrique.
Cauchemar américain est un nouveau roman sinistre, sombre, violent, grinçant, totalement déjanté du grand Ken Bruen.

Roque Le Gall

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