Hiver arctique

Arnaldur INDRIDASON

Métailié, 2009
334 pages. 18 euros



"Tombé je suis à terre
Transi et à jamais" (Jonas HALLGRIMSSON)
(page 17)

Il est à peine quatre heures en cette journée de mi-janvier, à Reykjavik. Un gamin d'environ 10 ans est couché dans la neige. Il a été poignardé au pied de son immeuble alors qu'il rentrait de l'école. Le commissaire Erlendur, chargé de l'enquête, va vite découvrir que la victime est un élève de CM2 que tout le monde appelait Elli. Son vrai nom, en fait, c'était Elias. Sa mère, Sunee, est une Thailandaise qui a épousé un Islandais rencontré à Bangkok et dont elle est à présent séparée. Elli, né en Islande, était un bon élève, aimé de tous. Il semblait bien intégré, ce qui n'est pas le cas de Niran son demi-frère, plus âgé de 5 ans. "Thailandais jusqu'au bout des ongles", en échec scolaire et pour ainsi dire au ban de la société islandaise, Niran demeure introuvable.

Alors, que penser ?

Drame familial ? Crime de pédophile ? Crime lié à un trafic de drogue ? Crime raciste ?

Erlendur ne devra négliger aucune piste.

"Combien d'arbres faut-il pour faire une forêt ?"
(page 280)

Le célèbre commissaire Wallander a quelques soucis à se faire. Son "cousin" islandais, Erlendur, est en train de le supplanter dans le coeur des lecteurs de polars scandinaves, "ces polars venus du froid". Il faut dire qu'Erlendur a tout pour plaire :
La cinquantaine, divorcé après un bref mariage, père de deux enfants qu'il n'a pas vu grandir et qu'il ne connaît pas, cet ours solitaire, courtaud, râblé, à la chevelure rousse, vit depuis des lustres reclus dans un appartement obscur, "une tanière". Sa tanière ? Un vieux poste de télévision, un fauteuil, une moquette élimée, des emballages de plats préparés dans la cuisine et partout des livres, des murs couverts de livres qu'il lit de temps à autre. La plupart traitent des disparitions humaines présentes et passées en Islande. Son centre d'intérêt principal.

Il reçoit de temps en temps, en fait très rarement, la visite de ses enfants. Eva Lind, sa fille, est "une foutue junkie". Quant à Sindri Snaer, son fils, il en est à sa troisième cure de désintoxication. "C'est moi qui ai failli", constate Erlendur, "père coupable" qui "vit dans le passé" et qui ne s'est jamais bien senti à Reykjavik. Il a toujours eu l'impression d'y être un étranger (ERLENDUR signifie également ETRANGER en islandais).

Ce bonhomme solitaire et neurasthénique, déprimé voire dépressif, taciturne, désabusé, toujours de mauvaise humeur "qui ressent beaucoup de compassion pour les autres, qui a beaucoup d'humanité", est "un personnage de chair et de sang, un homme qu'on connaît et avec lequel on peut avoir une certaine compassion". (Arnaldur Indridason, L'Ours Polar).

Cet homme tourmenté est un excellent flic, l'un des membres les plus chevronnés de la police criminelle, même s'il demeure imprévisible et capable de tout comme le pensent ses deux fidèles adjoints Elinborg et Sigurdur Oli.

Dans ce cinquième roman traduit en français, ce "Maigret islandais" devra enquêter sur le meurtre d'un jeune immigré (l'immigration est un phénomène relativement récent en Islande) et la découverte du cadavre de ce petit garçon l'ébranlera vivement. Il est sans cesse hanté par un drame familial, la disparition dans une tempête de neige, de son jeune frère Bergur. Il ne s'en est jamais remis et il est toujours rongé par la culpabilité.

A travers des histoires sombres, mélancoliques, Indridason poursuit sa radiographie de la société islandaise. Il raconte "son île de lave et de glace", son enfer météorologique impitoyable. Il explore et décrypte la face cachée, la face noire de ce pays souvent cité en exemple. Il en dénonce les travers.

"Notre île n'est pas un paradis" (Télérama)

"Je n'écris pas pour le Ministère du Tourisme !... J'écris juste des romans socio-réalistes !..." (Le Figaro Magazine)

Quoi qu'il en soit, Hiver arctique est un roman noir passionnant (tout comme les quatre précédents. Lisez-les tous !) et Arnaldur Indridason est un nouveau grand romancier à l'instar de Henning Mankell, Gunnar Staalesen, ses cousins scandinaves.

Roque Le Gall

partager sur facebook :