Crevaisons

Daniel CASANAVE, Manu LARCENET

Dargaud, 2009
50 pages. 10 euros



Avec le temps qui passe, il est de plus en plus difficile de parler des albums de ML. Non pas qu'il n'y ait rien à en dire, mais le propos s'étoffe autant qu'il devient elliptique avec l'âge. On tourne ici autour de l'antimilitarisme viscéral de l'auteur pour retourner comme une sale crêpe un symbole national qui n'est plus cher en majorité qu'à une frange peu fréquentable de la société française. Le soldat inconnu vu par Larcenet ne pouvait pas être un héros inconnu, il se devait d'être un pauvre type, ordinairement lâche et con, comme tous ses semblables (et j'entends par là l'ensemble de l'espèce humaine, pas forcément ses représentants armés). Il est bien sûr poursuivi au delà de la mort par ses remords, sa mauvaise conscience, ses erreurs de jeune imbécile dépassé par la barbarie grotesque de toute bataille patriotique. Ah, Barbara quelle connerie la guerre ! Le dessin de Casanave suit et colle à ce récit de poisse morale, et le sert admirablement. Les couleurs sont parfaites, et la fin de l'histoire comporte de manière inattendue une petite note d'espoir qui met un peu de baume au coeur du lecteur qui n'aura pas beaucoup rigolé (mais ce n'était pas le but de l'album). "Cela est bien dit, mais il faut cultiver notre jardin". Alors Manu, on s'est mis à fréquenter Voltaire à l'aube de la quarantaine rugissante ?

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :