Vilebrequin

Arnaud LE GOUEFFLEC, OBION

KSTR, 2007
100 pages. 10 euros



L'art personnel d'un cambrioleur, expert de l'ouverture de coffres.

On est loin et même fort loin des vulgaires montes en l'air, tel Quenotte le neurasthénique qui fuit devant les risques, se contentant de dérober de médiocres économies. Ici le butin n'est plus le but, mais c'est bien plutôt la perfection du geste. On laisse tomber les banques et leur univers aseptisé pour se tourner vers certains particuliers pour lesquels le plaisir est de détourner leur système de protection dernier cri : un défi à l'imagination !
On touche à l'aristocratie de la tchoure, à l'élégante distinction du fric-frac, à l'élite racée de la maraude ou encore à l'esthétisme du casse. Pensez donc, le cambrioleur est "un yogi en quête de la posture ultime", la cambriole est "une discipline héritée de la pantomime", "une chanson de geste" dans laquelle le chapardeur forge sa légende. Alors, respect devant tant de classe! Oui mais voilà, dans ce nirvana de la pique, Vilebrequin aurait-il trouvé plus subtil que lui ?

J'ai aimé la subtilité du discours et le regard original porté par les auteurs sur une activité qui a généralement une image moins sophistiquée. C'est profond mais aussi décalé. C'est en même temps drôle et notamment dans les passages dans lesquels Vilebrequin s'initie à la trompette pour donner le change à sa famille. Ne serait-on pas ici en présence de professionnels de la discrétion, un monde cher à Arnaud Le Gouëfflec ?

Cet album fait partie de la sélection des essentiels d'Angoulême 2008 et a reçu le prix jeunesse France Télévision 2008. Son édition est une vraie histoire rocambolesque qui a, à juste titre, opposé les deux auteurs à leur maison d'édition, KSTR. Celle ci avait inversé des planches dans l'édition originale. On suivra ces péripéties ici.

Marc Suquet

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