Dérive sanglante

William G. TAPPLY

Gallmeister, 2007
267 pages. 22 euros



Premier roman traduit d'une vingtaine écrit par cet états-unien sympathique qu'est WGT, dérive sanglante met en scène pour la première fois Stoney Calhoun, attirant misanthrope pêchophile et chassologue. Il lui en est arrivé une bien bonne: il a été foufroyé lors d'une expédition à la montagne. Il en garde une grosse cicatrice sur le dos et des capacités intellectuelles perturbées , dans le bon et le mauvais sens : une amnésie partielle, une surdité d'une oreille et aussi une mémoire photographique et une grande capacité de concentration. Dans un trou paumé du Maine, cet état du nord-est sauvage truffé de bois et de rivières à truites et à bass, il s'est réfugié en marge du monde des hommes et au centre de celui des poissons. Il travaille pour une déesse (Kate) qui possède une petite boutique d'articles de pêche avec laquelle il fricote occasionnellement et son meilleur ami (Lyle) est un jeune étudiant passionné par l'histoire locale, les femmes et guider les touristes en maraude. On dirait que sa vie est plutôt satisfaisante jusqu'à ce qu'un jour, tout parte en quenouille à cause d'un sudiste déplaisant à Rolex du nom de Green. Lyle ne reviendra pas vivant de son voyage avec Green vers un mystérieux étang en retrait dans le comté voisin. Du coup Stoney mène l'enquête et provoque des remous aussi bien dans la paisible bourgade de Dublin que dans sa mémoire embrumée.

Ca pouvait sembler improbable au début, un polar articulé autour de la pêche à la mouche, mais ça marche plutôt bien. On se laisse glisser sans effort le long des sentiers herbus et au creux des sous-bois moussus, on contemple volontiers le vol scintillant des leurres au ras de l'eau, on suit avec intérêt les méandres des circonvolutions cérébrales de cet enquêteur d'un genre original. L'écriture est assez dans la veine d'un James Sallis qui aurait rencontré Ernest Hemingway et copiné avec Jim Harrison (excusez du peu). Aucune lourdeur , un sens du rythme personnel qui confine l'introspection à la lisière de la conscience du héros comme du lecteur font que ce polar est d'une facture originale et agréable. Il est également plaisant de sentir s'articuler la mécanique narrative autour de deux mystères : celui de la mort du jeune Lyle et celui des origines du détective-guide. Ca donne envie de se frotter aux exemplaires suivant de la prose de WGT. D'ailleurs on s'y est frotté , voir les critiques sur le deuxième, Casco Bay.

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :