Casco bay

William G. TAPPLY

Gallmeister, 2008
290 pages. 22 euros



Où l'on en apprend un peu plus (mais pas trop) sur les mystères de la vie d'avant de Stonewall Calhoun, dit Stoney par ses quelques rares amis. Cette fois-ci c'est en emmenant un respectable professeur à la pêche sur son bateau dans la baie qui baigne entre autres Portland que notre guide du Maine se retrouve confronté à un cadavre. Corps brûlé, gorge tranchée, pénis sectionné et enfoncé au fond de la gorge, il y a comme qui dirait un message que le meurtrier cherche à faire passer. Le corps est d'ailleurs cis sur un ilôt qui fut le siège d'une catastrophe autrefois: une mission catholique y a brûlé au début du vingtième siècle avec tous ses occupants, la congrégation de nonnes et les étrangers en attente de régularisation qui y stationnaient. La belle Kate Balaban prend ses distances avec Stoney, le shériff son ami lui demande de participer à l'enquête, il semble que la belle tranquillité de l'ermite amnésique de Dublin soit mise à mal. Mais il faudra un deuxième cadavre, sur le perron de la cabane de Calhoun celui-là, pour le décider à se mêler de la vie du reste des hommes.

WGT tient ses promesses, les développements autour de son héros mutique sont captivants et les intrigues d'un plausible total. On continue à en apprendre tant et plus sur les différents leurres utilisés dans la pêche au bar (qui eût cru qu'il y en avait tant ?). Le petit côté intrigant de Stoney Calhoun s'étoffe avec cette capacité presqu'extra-sensorielle de sentir la présence de fantômes, voir des cadavres au fil de l'eau. On ne tranchera pas (à l'image de l'auteur) sur la réalité de ces visions ou bien sur l'hypothèse de petits courts-circuits du cerveau du héros dûs à son accident de montagne. Peu importe, ces contacts plus ou moins rêvés avec le monde des esprits donnent une très légère coloration surnaturelle au récit qui ne lui nuit pas, bien au contraire. On s'abîme toujours dans la rêverie au ras des flots qui suit le pêcheur amoureux de la pêche, qui ne vient pas comme il dit "attraper du poisson", concept ô combien différent. Vive le Maine et la pêche à la mouche.

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :