Billy Brouillard Le don de trouble vue

Guillaume BIANCO

Soleil, 2008
143 pages. 21 euros



Et si Bill Watterson rencontrait Tim Burton ? Calvin se mâtine des contes de l'enfant-huître et cela donne cette création fantasque, le petit Billy, 7 ans et des lunettes qui ne servent qu'à masquer son don de trouble vue. Quand il les enlève enfin le monde cesse d'être cadré, normatif, rassurant. Les contours de la réalité s'estompent et d'étranges petites filles peuvent lui rendre visite. La princesse de la flaque d'eau qui prend soin des limaces, la fille aux couteaux qui toute petite déjà dormait dans les tiroirs de la cuisine à côté des lames les plus affûtées, la petite voisine d'à côté qui connaît tous les secrets indicibles de la mort, intrigant état qui a transformé Tarzan le chat en paillasse aplatie qui sent et ne se relève plus pour jouer aux cowboys et aux indiens. D'ailleurs c'est quoi la mort ? Billy a bien pensé à demander au père Noël mais le vieux bougre est finaud ou bien complètement stupide, il répond par circonlocutions obscures et disons-le, à côté de la plaque. Billy est obligé de mener sa propre enquête. Pas très aidé par ses parents, gêné par sa petite soeur, il est bien difficile de comprendre de quoi il retourne.

L'objet est difficilement cataloguable comme bande-dessinée. Il s'agit plus d'un livre d'images au sens noble du terme. Rigologothique, symbolique et métaphorique, fantastique et onirique, tout simplement magique ? Laissons les rimes en -ique. Cet album est original, puissant, merveilleusement illustré. Ne s'adresse pas vraiment aux enfants ni aux adultes, mais de préférence aux enfants qui sommeillent dans les adultes que nous sommes devenus. Billy Brouillard parle aux pelleteux de nuages un peu morbides qui aiment deviner dans les cumulus paresseux des lapins rattrapés par les renards plutôt que Pan-Pan qui batifole avec Bambi. Il nous rappelle cette phase peu explorée de l'enfance (du moins par les auteurs de littérature jeunesse) où on réalise le caractère inéluctable de la mort sans obtenir d'explication satisfaisante sur sa nature. Guillaume Bianco réussit le challenge d'une oeuvre introspective et ludique, sombre sans être mortifère, emplie de petits détails d'arrière-plan comme quasiment seuls Gottlib et F'Murr savaient truffer leurs rubrique-à-brac et saga des alpages respectives. Vous l'aurez deviné, je vous engage à tenter l'expérience du plongeon dans le monde de Billy Brouillard au plus vite.

Marion Godefroid-Richert

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