Je mourrai pas gibier

ALFRED

Delcourt, 2009
111 pages. 14,20 euros



A Mortagne, le choix n'est pas possible : soit on travaille à la scierie Listrac soit on travaille à la vigne, au château Clément. Et bien sur, quand on travaille à la vigne on hait les gens de la scierie et inversement. Martial est un original, il étudie la mécanique en dehors du village. Les agissements de son frère, qui s'en prend à Térence, le "pleu-pleu" du village, révoltent Martial qui "pétera grave un plomb", lors du mariage de son père.

Encore un album dont on ne va pas sortir écroulé de rire : c'est noir d'un bout à l'autre et écrit sans guère de répit. Un bouquin à lire quand on est en forme donc. J'ai aimé cette adaptation du roman de Guillaume Guéraud : on imagine facilement le village dans lequel se déroule ce qui est un vrai fait divers. La page 11 donne le ton : gris, pluie et deux camps qui s'opposent, les travailleurs de la vigne et ceux de la scierie. Rien de plus stupide.
Et cette idée se renforce, lorsque l'on découvre les tristes personnages qui vivent au village : Frédo, le contremaître, plein de haine qui aimerait bien casser la gueule à quelques uns de la vigne, mais qui sait qu'il risque la prison pour cela, ou Arnaud, le frère de Martial, qui se laisse entraîner par Frédo dans la torture de Térence, le "pleu-pleu" qui est aussi le défouloir du village. De vrais boeufs qu'on vous dit ! Et le pire c'est que le village fait bloc devant les agissements de ces deux imbéciles.
Alors bien sur, le geste de Martial est un vrai crime. Mais dans quelle atmosphère Martial a-t-il été élevé ? Une atmosphère pesante dont il a cherché à s'échapper en faisant des études de mécanique. Encore un comportement incompris du village !
J'ai été intéressé par l'évolution de la psychologie de Martial, qui de doux et gentil, disjoncte et se transforme en tueur. Lorsqu'il est décidé, c'est avec lenteur, froideur et certitude qu'il agit : il doit le faire et rien ne peut le détourner de sa décision: il tuera ainsi sa soeur à coups de marteau !
Tirer de sa fenêtre sur les gens du village, voilà un fait divers qu'on a l'impression d'avoir entendu tant de fois à la radio. Et c'est bien ce qui fait la valeur de ce travail : la proximité, l'intégration dans un paysage que l'on connaît et qu'on imagine dans certains villages.
Le dessin est sobre, efficace et noir bien sûr. Son rythme s'accroît progressivement avec l'histoire et entraîne le lecteur dans une angoisse teintée d'adrénaline.   
Une histoire noire et une réussite mais désespérée !

Marc Suquet

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