Les dents de l'amour

Christopher MOORE

Calmann-Lévy, 2008
316 pages. 19 euros



Après des mythes aussi différents que celui de Godzilla, Jésus, la mort et j'en passe, CM s'attaque à celui du vampire. Soit une jeune femme vivant à San Francisco (Jody), pas très gâtée sur le plan des relations amoureuses. Elle rencontre quasiment en même temps deux hommes qui vont changer radicalement sa vie : Tommy, jeune homme venant de l'Indiana pour devenir le nouveau Jack Kerouac après son stage obligatoire - pense-t-il - de crevage de faim au coeur d'une grande ville, et Elie Ben Sapir, Nosferatu vieux de 800 ans qui va la mordre un soir et la transformer en vampire novice (il y a des grades, c'est comme dans la marine). Jody y gagne une force surhumaine, la capacité de voir respirer les buildings en béton et une espèce de loterie sauvage où son mentor fantastique lui fait des cadeaux partiellement empoisonnés : informations et cadavres qui lui compliquent la non-vie. Tommy tombe amoureux de Jody et y gagne une vie sexuelle de compétition et nombre d'anecdotes plus propres à fournir matière à maints romans que sa vie nocturne d'employé de supermarché (qui est cependant riche d'évènements sportifs ne figurant pas dans la liste officielle des exploits du comité international olympique). Le couple va devoir surmonter une certaine quantité d'épreuves pour gazouiller au royaume bleuté des idylles débutantes.

Pour ceux qui connaissent, c'est comme si Janet Evanovitch avait rencontré Bram Stocker. Christopher Moore nous a habitués à se réapproprier les thématiques de la littérature fantastique avec brio et humour. Ce livre ne déroge pas à cette réjouissante règle auto-fixée. Une fois plongé dedans on n'en ressort qu'avec regret ou forcé par la faim. Toujours aussi drôle, purement récréatif et inventif. Si vous lisez en public vous semblerez avoir dormi avec un cintre dans la bouche pour l'observateur non averti. Pour ma part, j'ai retrouvé avec plaisir un personnage secondaire que j'avais beaucoup apprécié dans le précédent ( Un sale boulot ) : l'empereur de San-Francisco et protecteur du Mexique, un clochard merveilleux secondé de deux chiens qui constituent à la fois sa cour, son armée et ses fidèles vassaux et dont l'un est un rattier qui tient dans sa poche.Un improbable compagnon d'aventure que le grand Jack K. n'aurait pas renié ! Et tous les "animaux", les collègues de travail de Tommy sont admirablement choisis. On ne regarde plus les dindes en filet du même oeil dans les rayons de l'hyper voisin après avoir pris connaissance des différentes façons de l'utiliser qui ne requièrent ni four ni poêle à frire... En bref, Les dents de l'amour sont un excellent remède à la déprime hivernale ; laissez tomber le Prozac et ruez-vous dans votre librairie préférée pour l'acheter !

Marion Godefroid-Richert

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